La politique de défense de la France

La politique de défense de la France

I. L’organisation de la défense au sommet de l’État français

L’organisation de la défense nationale française est héritée des années 1960 et de l’influence du président De Gaulle. Malgré des évolutions importantes, la défense nationale reste fondamentalement marquée par ce contexte originel, en premier lieu par le poids primordial qu’occupe le Président de la République, sans nécessairement s’appuyer sur les textes.

A. Le rôle majeur du président de la République

La défense nationale repose principalement sur la figure du président de la République. Cela a été consacré par l’usage au cours de la Ve République, davantage que par les écrits constitutionnels — qui précisent quand même respectivement dans son article 5 que le président est le garant à la fois de l’indépendance nationale et de l’intégrité du territoire national, et dans son article 15 qu’il est le chef des armées.

De la sorte, on dit de la défense française qu’elle est le « domaine réservé » du président de la République, selon une expression de Jacques Chaban-Delmas en 1959.

Ainsi, c’est lui qui préside les conseils et comités supérieurs de la défense nationale ainsi que le Conseil de défense et de sécurité nationale, comme il en a été décidé par Jacques Chirac en réaction aux attentats du 11 septembre 2001 à New York. Ce dernier Conseil de défense se réunit à un rythme beaucoup plus soutenu depuis la présidence de Hollande et se veut davantage délibératif, que ce soit pour aborder les problématiques liées au terrorisme ou à la pandémie de covid-19 sous Macron.

Enfin, c’est le Président seul qui peut décider d’engager l’arme atomique française.

B. Le rôle du Premier ministre et de son ministre des armées

Il ne faut pas oublier toutefois que cette prépondérance présidentielle est à relativiser à l’aune du rôle du gouvernement, qui selon l’article 20 de la Constitution doit déterminer et conduire la politique de la Nation, attribuant au Premier ministre la responsabilité de la défense nationale dans son article 21.

Cela s’est manifesté de façon prégnante dans les cas de cohabitation de la Ve République, en 1986, 1993, et 1997 : c’était alors le consensus entre Président et Premier ministre qui avait été recherché et réalisé pour déterminer l’attribution des postes clés de la défense.

La responsabilité du Premier ministre inclut donc celle de son gouvernement, comme les ministres de la Finance ou du Transport, qui peuvent avoir une importance capitale en cas de guerre, mais bien sûr aussi celle du ministre des armées. Le ministre des armées est en effet celui qui met en œuvre la politique de défense avec le Premier ministre.

C. Les trois appuis du ministère des armées

Trois organismes dépendent du Ministre des armées :

Le Président Emmanuel Macron et le chef d’État Major François Lecointre le 14 juillet 2019
  • Le Chef d’État-Major des armées (qui dirige trois chefs : marine, armée de terre, et armée de l’air)
  • Le Secrétaire général pour l’administration
  • Le Délégué général pour l’armement

Le Chef d’État-Major des armées est le conseiller militaire du gouvernement. Il gère toutes les relations inter-armées, air-mer-terre. Il a autorité pour les choix capacitaires, il définit les besoins des armées. Il a compétence enfin sur le renseignement militaire, sur les affaires étrangères au sein de la défense, et de la stratégie et de la doctrine.

Le Secrétaire général pour l’administration quant à lui a pour mission d’offrir l’expertise civile : les aspects financiers, juridiques, de norme, d’infrastructures, de ressources humaines, etc. Il gère les relations avec d’autres ministères comme celui de la Culture ou de l’Éducation nationale.

Le Délégué général pour l’Armement conçoit et fabrique les équipements des forces, il en gère aussi la recherche et la politique industrielle.

D. Le rôle du parlement

La loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 de modernisation des institutions de la Ve République a voulu revaloriser le rôle du Parlement pour la politique de défense française, alors que la Constitution dans son article 34 établit déjà que les grands principes de la défense nationale sont énoncés par le pouvoir législatif.

Le rôle du Parlement reste toutefois secondaire : il ne fait qu’autoriser la déclaration de guerre et les prolongations après quatre mois des interventions extérieures des forces armées. Il peut aussi questionner la politique du gouvernement.

Deux lois doivent en particulier être mentionnées : la loi de programmation militaire, qui dessine tous les cinq ans les priorités opérationnelles, et guide la politique équipements et effectifs, mais qui n’a pas de caractère obligatoire et n’a d’ailleurs jamais été respectée ; et la loi du budget annuel de la défense.

II. Histoire contemporaine de la politique de défense (1958-1991)

La IVe République est marquée par un manque certain d’efficacité, et l’absence de politique de défense, même si la France fut présente dans le monde : aidée par les États-Unis et leur plan Marshall, la France intervient ainsi en Indochine et lors de la guerre de Suez, et fait la guerre en Algérie.. Ces difficultés à élaborer une politique de défense sont notamment la conséquence de l’instabilité gouvernementale de ce régime, et des difficultés de coopération entre ministères comme il s’agissait de coalitions. Ce n’est que sous la présidence De Gaulle qu’une politique de défense prend forme.

A. La politique de défense sous De Gaulle : l’indépendance nationale (1958-1974)

Le général de Gaulle conçoit sa politique de défense autour de trois périls, qu’il faut pouvoir maîtriser dans le même temps, et de façon indépendante. Cette doctrine de l’indépendance nationale est donc le point commun de trois enjeux : la dissuasion nucléaire, la défense opérationnelle (militaire) du territoire, et la projection de troupes (les interventions hors de la métropole française).

De Gaulle accompagné du général Billotte, ministre des Outre-mers, et d’Alain Peyrefitte, ministre de la Recherche, assistent à un essai nucléaire en Polynésie française le 14 septembre 1966.

De Gaulle craint la dépendance des États-Majors français aux États-majors anglo-saxons comme cela a pu être le cas à Dunkerque en 1940 (la bataille est perdue en France donc rapatriement des soldats britanniques, laissant seuls les français) ; à Strasbourg en 1944 (on ordonne à l’armée française d’abandonner Strasbourg pour raccourcir le front) ; à Suez en 1956 (la France y arrête ses opérations, trop dépendante des britanniques qui capitulent).

En février 1960, la première bombe atomique française explose à Reggane, au Sahara, juste quatre mois après que de Gaulle a exposé sa stratégie de dissuasion nationale. C’est au nom de l’indépendance nationale aussi que de Gaulle décide, en 1965, le retrait français de l’OTAN au plus tard en 1969.

La présidence de Georges Pompidou poursuit la politique du général De Gaulle, avec une primauté accordée au nucléaire et l’introduction des armes tactiques. En 1972, le premier Livre blanc sur la défense codifie la stratégie officielle de la dissuasion.

B. La présidence Giscard : le dernier âge d’or des forces conventionnelles (1974-1981)

La politique de défense sous la présidence de Giscard (mai 1974 – mai 1981) est fortement influencée par la guerre du Kippour d’octobre 1973. Le président Giscard d’Estaing imagine alors la possibilité que la France ait à faire face à ce type classique de conflit outre-mer. Cela accroît l’importance des forces conventionnelles (les armes classiques), remettant en question le primat donné au nucléaire (une arme non conventionnelle) depuis De Gaulle. L’objectif est alors de renforcer la défense opérationnelle du territoire (dans le cas d’une attaque soviétique), tout en prenant davantage en considération l’enjeu de l’Outre-mer, notamment sur le continent africain.

La loi de programmation militaire de 1976 se caractérise en théorie par l’acquisition de nouveaux armements très modernes ; en pratique, elle ne fut pas bien respectée pour des raisons économiques.

C. La présidence Mitterrand : retour au nucléaire au détriment du conventionnel (1981-1995)

À son arrivée au pouvoir, le monde de la défense craint beaucoup les choix de ce premier président socialiste qui leur semble inexpérimenté. Dans les faits, l’action du président Mitterrand se traduisit par une priorité redonnée au nucléaire, et un affaiblissement de l’armée de terre.

En effet, au cours de son premier septennat, Mitterrand consacre ses efforts à la modernisation du nucléaire, notamment en décidant en 1982 de garder trois sous-marin nucléaires en permanence sous l’eau ; tandis qu’il puise dans le budget de l’armée de terre pour relancer l’économie française, considérant improbable une guerre conventionnelle (c’est-à-dire conforme aux conventions internationales régissant les guerres) en Europe. Les années 1980 sont aussi l’occasion du rapprochement franco-allemand, dont la poignée de main entre Mitterrand et Kohl est devenu un symbole (en septembre 1984 à Douaumont).

Au cours du second mandat de Mitterrand, il faut noter la création d’une force d’action rapide, qui se fait néanmoins au détriment des forces classiques — ce corps d’armée sera dissout en 1998 — ainsi que le remplacement du missile Pluton par le missile Hadès, ces armes nucléaires ayant un rôle tactique (c’est-à-dire à visée militaire et défensive, avec une courte portée) d’ultime avertissement. L’opération Daguet en 1990-1991 qui constitue la participation française au sein de la coalition internationale contre l’invasion du Koweït par l’Irak fait réaliser à la France la faiblesse de sa défense, tant dans les moyens technologiques et matériels que dans la logistique et la capacité à mobiliser. Enfin, il est nécessaire de professionnaliser l’armée.

III. La politique de défense de notre siècle

A. La professionnalisation de l’armée

« Le 22 février dernier, je vous ai fait part de ma décision de professionnaliser l’ensemble de nos forces de défense. […] Je propose donc que le service national que nous connaissons aujourd’hui soit supprimé dès le 11 janvier 1997 et qu’il cède la place à des volontariats, tout en maintenant le principe d’un rendez-vous entre la nation et sa jeunesse. » annonce Jacques Chirac le 28 mai 1996 à la télévision.

Même si le service militaire ne fut que suspendu et non supprimé, ce fut un changement fort dans la politique de défense de la France, et le résultat d’un long débat entre ceux qui en dénonçaient l’aspect coûteux (à quoi il était répondu qu’une armée professionnelle est plus chère) et inégalitaire (les classes les plus aisées parvenaient à y échapper bien plus facilement que les classes ouvrières ou paysannes), et ceux qui insistaient sur sa nécessité pour faire face aux menaces militaires, après la désillusion de l’opération Daguet, et pour conserver le lien entre la nation et l’armée.

L’armée française décroît ainsi continuellement depuis 1962 quand elle comptait un million de personnes ; ce nombre passe à 570 000 en 1970 et se maintient jusqu’en 1990 à 550 000. Cette baisse est de nouveau brutale depuis le début du siècle : en 2010, les effectifs ont baissé à 240 000.

C’est aussi le résultat des volontés politiques des présidents Chirac, Sarkozy et Hollande, qui en outre continuent à réduire le budget consacré à l’armée.

B. Davantage de clarté quant au budget de l’armée

Graphique du site Histoire France Web

Le budget des armées, partout dans le monde à cette époque, rejoint les logiques de performance et de transparence qui ont œuvre dans les autres secteurs économiques. Sur le plan juridique, c’est la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) qui modernise en août 2001 une ancienne ordonnance jugée désuète, trop détaillée, et inadaptée au mouvement de décentralisation et de redistribution social qui ont lieu dans le même temps, alors que l’Union européenne se met en place.

Les lois de programmation militaire (LPM) sont précédées de ce que l’on appelait un Livre blanc, désormais nommé Revue stratégique de défense et de sécurité nationale. Voici un rapide historique des lois de programmation militaire depuis 1997, avec leurs intentions majeures.

  • La loi de programmation militaire 1997-2002 : elle veut professionnaliser l’armée et moderniser les équipements dans un contexte de coopération avec l’OTAN et l’Union européenne, alors que le Sénat pointe les difficultés économiques pour arriver à ces fins.
  • La loi de programmation militaire 2003-2008 : elle veut encore moderniser les équipements, et conserver un certain niveau d’effectifs au sein de l’armée, en la rendant plus attractive.
  • La loi de programmation militaire 2009-2014 : elle intègre l’idée que la stratégie de sécurité nationale se joue à l’échelle européenne et internationale, alors qu’une nouvelle ère semble s’ouvrir à l’heure de la mondialisation et du terrorisme global. Là aussi, il est prévu de moderniser l’équipement.
  • La loi de programmation militaire 2014-2019 : elle inclut pour la première fois la cybersécurité, mais elle est surtout marquée par les attentats terroristes sur le sol français, et est par conséquence actualisée en 2015, pour y apporter une réponse : protection nationale, opération Sentinelle (mobilisation de 10 000 soldats), avec une augmentation forte du budget.
  • La loi de programmation militaire 1919-2025 : ce n’est donc plus un Livre blanc mais une Revue stratégique qui a posé son cadre stratégique en 2017. Il y est prévu une hausse du budget qui doit atteindre 2% du PIB en 2025, une responsabilité financière intégrale du ministère des armées quant aux OPEX (ce sont les opérations militaires extérieures), et toujours une modernisation des équipements. Y trouve de nouveau une place la cyberdéfense. Enfin, les forces de dissuasion nucléaire doivent être modernisées. Dans son actualisation stratégique de 2021, donc après le début de la pandémie de covid-19 à propos de laquelle il est souligné une résilience de l’armée (maintien de ses missions permanentes tout en contribuant à l’effort contre la pandémie), sont rappelées la persistance de menaces et l’intensification des enjeux de puissances, en particulier venant de Chine, Russie et Moyen-Orient.

C. L’organisation du Ministère des Armées

Depuis 1991 le Ministère des Armées évolue selon le modèle anglo-saxon de l’interarmisation, c’est-à-dire une mutualisation des ressources entre les quatre armées (terre, air, marine, et gendarmerie).

Cela se concrétise à cette époque par l’action du ministre Pierre Jox qui met en place plusieurs organismes allant dans ce sens de l’interarmisation (le Commandement des opérations spéciales, la Direction du Renseignement militaire, le Centre de planification et de conduite des opérations, et encore la Délégation aux affaires stratégiques).

Puis dans les années 2000, la même logique mène à mutualiser les services de carburants, intendance, information, justice militaire, munitions et santé. La mise en commun est même poussée géographiquement grâce aux bases de défense, qui se généralisent à partir de janvier 2011, de façon à optimiser les coûts. En outre, les services des armées sont de plus en plus confiés à des entreprises extérieures au Ministère des Armées.

Le même objectif de rationalisation de l’organisation au sein du Ministère des Armées conduit à une part croissante du personnel civil plutôt que militaire, de sorte que les militaires puissent se consacrer à leur mission en laissant aux civils le soin des affaires plus administratives.

III. Les armées

A. Le commandement central de la France

Rappelons brièvement que le chef d’État-Major des armées a la responsabilité ultime du commandement, même s’il demeure sous l’autorité du président de la République : il gère tout ce qui relève de l’interarmée donc, les effectifs des armées, l’organisation des armées elle-même ainsi que leurs objectifs, les relations internationales militaires, et le renseignement militaire.

Il s’agit-là de l’État-major des armées, au sommet de la pyramide, pour toute la France. Ensuite, on compte trois états-majors spécifiques à chaque armée : terre, marine, air, toujours pour toute la France.

Le Général François Lecointre remplace en juillet 2017 le Général Pierre de Villiers, qui avait démissionné — fait inédit dans la Ve République — en protestant contre les économies de budget qu’il jugeait inacceptables.

B. L’armée de terre

L’armée de terre répartit ensuite son commandement en six grandes zones :

  1. Zone Terre Ile de France,
  2. Zone Terre Nord-Est : Hauts-de-France et Grand Est ;
  3. Zone Terre Nord-Ouest : Pays de la Loire, Bretagne, Normandie, Centre-Val de Loire ;
  4. Zone Terre Sud : Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur, et Corse ;
  5. Zone Terre Sud-Est : Auvergne et Rhône-Alpes ;
  6. Zone Terre Sud-Ouest : Nouvelle-Aquitaine.

Cette organisation doit lui permettre d’accomplir ses missions, dont on en retiendra les deux plus importantes : défendre le territoire bien sûr, par exemple via les plans Vigipirate et Sentinelle ; et être en capacité de mobiliser rapidement un grand effectif hors du territoire, comme ce fut le cas lors de l’opération Serval au Mali.

C. La Marine nationale

La Marine nationale se concentre autour de trois bases en métropole : Brest – l’île Longue ; Toulon ; et Cherbourg.

Les bases outre-mer sont au nombre de cinq : Dégrad des Cannes (Guyane), Fort-de-France (Martinique), Nouméa (Nouvelle Calédonie, Papeete (Polynésie française), et Port-des-Galets (Réunion).

Le commandement se répartit en quatre zones : océan Atlantique, océan Indien, océan Pacifique, et Méditerranée.

Le commandement organique sous l’autorité du chef d’état-major de la marine a la responsabilité de préparer les forces.

Le but des forces marines inclut évidemment la défense des côtes (rôle de surveillance aujourd’hui) et le combat, mais aussi le sauvetage en mer et d’humanitaire.

D. L’armée de l’air

Les missions sont les mêmes, adaptées au milieu aérien, donc incluant la défense du territoire, et la préparation au combat si nécessaire. Il faut ajouter deux rôles importants : les missions de reconnaissance (en complément des satellites), ainsi que le transport.

Les avions de chasse, utilisés pour contrôler l’espace aérien, peuvent éliminer des menaces grâce à l’emploi simultané de radar et de missiles. Seuls deux modèles sont utilisés de nos jours en France : le Rafale et le Mirage 2000. La France utilise aujourd’hui environ 200 de ces avions.

Un nouveau modèle, le Airbus A400M Atlas, est appelé à renouveler l’équipement. En 2021, la France a été livrée de seulement 17 de ces appareils sur les 50 commandes passées, à cause d’importants retards.

E. Les OPEX

Quand l’armée intervient hors du territoire français sur décision du président de la République, on parle d’OPEX, en version complète les opérations militaires extérieures de la France, comme ce fut le cas une centaine de fois entre 1995 et 2021. Les plus récentes OPEX ont surtout concerné l’Afrique :

  • Harmattan (en Libye, 2011)
  • Serval (au Mali, 2013)
  • Sangaris (en République centrafricaine, 2013)
  • Barkhane (au Sahel, 2014)
  • Chammal (en Irak et Syrie, 2014).

Ces interventions hors du territoire national sont à distinguer des forces prépositionnées dans des bases en Afrique, qui sont elles déployées en permanence et ne s’inscrivent donc pas à proprement parler dans le cadre d’OPEX.

Elles se distinguent de la même façon de ce que l’on appelle les Forces de souveraineté, dont la caractéristique est de se situer dans les départements et les collectivités d’outre-mer.

Autour de 650 morts ont été déplorées parmi les militaires français entre 1969 et 2019, plus de la moitié dans les trois territoires suivants : Tchad, Liban, et ex-Yougoslavie.

Carte du déploiement des forces armées françaises. Source : État major des armées, août 2019.

F. Statistiques quant aux effectifs

D’après les chiffres de 2020 pour 2019, on comptait 114 677 militaires engagés dans l’armée. L’âge moyen était de 32,9 ans, et la proportion de femmes était de 16,10 % seulement.

Il faut ajouter à ces chiffres les réservistes (+ 40 000 personnes) et les civils, pour atteindre le nombre de 268 294 personnes travaillant pour le ministère des Armées.

IV. Les défis à venir de la politique de défense de la France

A. Une Europe de la défense ?

L’idée de former une défense commune en Europe se dessine après la Seconde Guerre mondiale, et lors de la Guerre froide, étant toujours à l’état de projet aujourd’hui. Du point de vue de la France, il faut donc lire le projet commun d’une défense unissant les pays d’Europe à l’aune des volontés d’indépendance nationale et de la dépendance vis-à-vis des États-Unis.

La politique d’indépendance de la France a largement varié depuis un siècle. La IVe République adoptait une position atlantiste, qui s’appuyait sur l’hégémonie américaine. De Gaulle marque donc un tournant dans les années 1960 en affirmant nettement sa volonté d’indépendance vis-à-vis des Anglais et des Américains. Les mandats présidentiels suivants adoucissent cette attitude, en se rapprochant de nouveau des Américains. Ce n’est qu’alors, dans les années 1980 et 1990, que se pose véritablement la question d’une Europe de la Défense.

Du point de vue institutionnel, un projet porté par Jean Monnet avait tout de même était élaboré en 1950 pour « une armée européenne rattachée à des institutions politiques de l’Europe unie, placée sous la responsabilité d’un ministre européen de la Défense, sous le contrôle d’une assemblée européenne, avec un budget militaire commun » (déclaration de René Pleven en octobre 1950). Un traité instituant une Communauté européenne de défense est signé, bien qu’en des termes différents de ce qui avait été espéré par le plan Pleven. Mais il n’est pas ratifié par la France, l’Assemblée nationale le rejetant en 1954, donnant raison à De Gaulle qui s’était engagé contre le projet.

Ce n’est donc qu’à la fin de la Guerre froide, des conflits de l’ex-Yougoslavie, et avec la mise en place de l’Union européenne qu’est relancée l’idée d’une Europe de la défense. La politique étrangère et de sécurité commune (PESC) constitue en effet un des trois piliers du traité de Maastricht de 1992 qui fonde l’Union européenne. Dans les faits, le cadre de défense commun à l’Union européenne reste l’OTAN.

En 1998, un sommet entre Tony Blair (Royaume-Uni) et Jacques Chirac (France) marque une nouvelle orientation inattendue, les deux pays convenant du besoin de donner à l’Union européenne une capacité militaire.

Cette politique est complétée et renforcée depuis le traité de Lisbonne de 2007 par une Politique de sécurité et de défense commune (PSDC). La PSDC engage davantage les États signataires, et légitime l’Agence européenne de défense mise en place en 2004 avec comme but le « développement des capacités de défense, de la recherche, des acquisitions et de l’armement ». Vis-à-vis des Américains, le traité de Lisbonne insiste par ailleurs sur le fait que ses dispositions « demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre ».

Le Parlement européen adopte formellement en avril 2021 — donc après le Brexit —, le budget pour le Fonds européen de défense, dont l’idée est portée par la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne depuis 2016. Destinés à la recherche et au développement de programmes industriels dans le domaine de la défense, 7,9 milliards d’euros sont mobilisés pour la période 2021-2027.

B. Rester une puissance crédible

La France rattrapée quant à son budget de défense

En 2019, la France portait encore le sixième budget de défense le plus conséquent au monde (50 milliards de dollars), très loin derrière les États-Unis (732 milliards de dollars), loin derrière la Chine (261 milliards de dollars), et derrière également l’Inde (71 milliards de dollars), la Russie (65 milliards de dollars), et l’Arabie saoudite (62 milliards de dollars).

Elle était en comparaison troisième dans le monde en 2010, mais a un gardé un budget stable, et s’est donc vue comme les autres nations européennes rattrapée par des puissances qui ont elles augmenté fortement leurs dépenses militaires.

L’argent étant le nerf de la guerre, le budget reste évidemment un enjeu majeur, et la France prévoit de le rehausser pour atteindre 295 milliards d’euros au total pour la période 2019-2025.

Un poste de dépenses fait l’objet d’une attention particulière : le budget consacré à l’amélioration des conditions de travail des militaires doit augmenter de 14% entre 2019 et 2023, une priorité étant attribuée au petit équipement.

Entretenir l’atout du nucléaire

Si la France recule dans le monde vis-à-vis du budget consacré à la défense, la dissuasion nucléaire reste un atout précieux, qu’il faut néanmoins moderniser. C’est en ce sens, qu’une nouvelle classe de sous-marins nucléaires, Suffren, doit être déployée jusqu’en 2030 ; les composantes navale et aérienne doivent elles aussi faire l’objet d’un effort de modernisation.

C. Nouveaux fronts, nouvelles formes de guerre

Nouvelles menaces identifiées : Russie, Chine, etc.

Comme le pointe la Revue stratégique de défense de 2017, la Russie adopte une stratégie menaçante pour l’occident, cherchant à « affaiblir le lien transatlantique et diviser l’Union européenne », dont les intimidations doivent être répondues avec fermeté.

Une seconde source de préoccupations vient de la Chine, dont la Revue de 2017 estime qu’elle veut s’imposer comme puissance dominante en Asie orientale, pour ensuite surpasser les États-Unis. Outre les capacités de projection, en particulier en mer de Chine où ont été construits des îlots dédiés aux opérations militaires, la France risque de se faire dépasser dans les domaines du renseignement, de l’espace et du cyber, pour lesquels la Chine investit de façon massive.

Le terrorisme continue d’être une préoccupation majeure pour la France, le problème étant désormais son enracinement au sein du territoire, tandis que la guerre contre l’État islamique en Syrie et en Irak s’est engagée depuis septembre 2014.

Des inquiétudes concernent aussi la Turquie, ou l’éventualité d’une menace en Afrique du Nord. L’espace maritime reste aussi l’objet de préoccupations.

Les futurs enjeux : le cyber, l’espace, et l’intelligence artificielle

Si la Chine veut développer sa maîtrise du terrain numérique, les États-Unis restent la puissance incontournable, à la faveur d’entreprises écrasant le marché, les GAFAM — Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft — atteignant une capitalisation boursière de 4,5 billions de dollars en avril 2021, et influençant de façon déterminante l’ensemble du secteur. La Chine y répond en interdisant les services américains à ses citoyens, et par son propre groupe d’entreprises, les BATX — Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi —, qui représentaient selon les estimations fournies en septembre 2019 autour de 950 milliards de dollars de capitalisation boursière. L’accès aux data centers est ainsi devenu un enjeu important, en plus du hacking et des robots virtuels investissant par exemple les réseaux sociaux.

Une autre façon de faire la guerre à distance concerne l’espace exo-atmosphérique, qui se transforme rapidement sous l’effet des innovations technologiques, d’autant plus à la faveur du vide législatif dans ce domaine. De plus en plus investi par les États voire les acteurs privés, l’espace se militarise sous le prétexte d’un usage civil. En juillet 2019 a été officialisée par le président Macron la création d’un commandement militaire dédié à l’espace.

Pour parer à « l’ampleur et la sophistication technologique des agressions [qui] augmentent sans cesse dans l’espace numérique » relevées par la Revue de 2017, il est prévu de poursuivre les efforts dans le domaine de la cyberdéfense : le budget doit enregistrer un augmentation d’1,6 milliard d’euros entre 2019 et 2025. L’investissement dans la recherche et le développement doit passer à 1 milliard d’euros annuels.

À l’horizon se profile une lutte pour conserver l’ascendant technologique, en particulier vers les techniques prometteuses de l’intelligence artificielle, censée pouvoir remplacer ou aider l’homme à réaliser certaines tâches cognitives. C’est à cette fin que le président Macron révèle un plan Intelligence artificielle, destiné à stimuler des projets innovants grâce à une enveloppe d’1,5 milliard d’euros jusqu’en 2022, combiné à un cadre législatif facilitant l’expérience de ces technologies.

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