Friedrich Nietzsche et la justice

Friedrich Nietzsche et la justice

Courte biographie de Friedrich Nietzsche (1844-1900)

Friedrich Nietzsche naît à Röcken, près de Leipzig en Saxe, au sein d’une
famille de pasteurs. Il suit ses études secondaires au collège de Pforta,
puis étudie la philosophie grecque dans la ville de Bonn. Il y travaille en
outre sur la philologie (étude de textes anciens) et devient professeur. Il
lit Schopenhauer et se lie d’amitié avec Richard Wagner. Alors que la guerre
franco-allemande est engagée, il devient infirmier. Son état de santé
cependant se détériore. En 1873, et 1874 il publie les Considérations
inactuelles
I, II, et III. Quatre ans plus tard, en 1878 et 1879, il
rédige sa célèbre oeuvre Humain, trop humain après une rupture
avec Wagner. Il prend alors sa retraite à l’université de Bâle, et voyage à
travers l’Europe malgré ses problèmes de santé et d’argent. En 1882, il
écrit quatre tomes du Gai Savoir, et compose deux, trois ans plus tard Ainsi
parlait Zarathoustra. En 1887, il poursuit la rédaction du Gai Savoir
et publie La Généalogie de la morale. Il meurt lors de l’été 1900 à
Weimar.

La justice selon Friedrich Nietzsche

Il serait possible de discerner deux types de justice dans l’oeuvre de
Nietzsche, pour mieux comprendre sa pensée. Une justice morale qu’il
critique, et une justice extra-morale, correspondant à « une grande justice »,
qu’il soutient.
Cette première justice est la plus souvent évoquée :
« Ils ont maintenant tout à fait monopolisé la vertu, ces faibles, ces
malades incurables, point de doute : « nous seuls, nous sommes
les bons, les justes, disent-ils, nous seuls, nous sommes les homines bonae
voluntatis » » La Généalogie de la morale 1887
La seconde forme de justice n’en est pas moins présente :
« Au goût des grandes responsabilités, à la majesté du regard dominateur, au
pouvoir de s’abstraire de la foule, de ses tâches et de ses vertus, à la
bienveillance qui prend parti pour ce qu’on méconnaît et calomnie, s’agît-il
de Dieu ou du diable, à la joie de pratiquer une justice de grande
envergure »
La justice pourrait revêtir un sens inférieur, et un sens supérieur qui se
place au-delà du bien et du mal. Nietzsche désire un inversement des
valeurs, c’est-à-dire une transformation.

Origine de la justice selon Nietzsche :

Dans Humain, trop humain, en 1878, Nietzsche définit pour lui
l’origine de la justice :
« La justice (l’équité) prend naissance entre hommes jouissant d’une
puissance à peu près égale, comme l’a bien vu Thucydide »
Il explique que lorsqu’il y a risque de conflit, dommageable pour les deux
partis, alors « naît l’idée de s’entendre et de négocier sur les prétentions
de chaque partie : le caractère de troc est le caractère initial de la
justice. » (Humain, trop humain, 1878)

Critique de la justice de Friedrich Nietzsche

La justice est un sentiment égoïste : elle vient de la volonté de puissance,
de se conserver : « La justice se ramène naturellement au point de vue d’un
instinct de conservation bien entendu, c’est-à-dire à l’égoïsme de cette
réflexion : « À quoi bon irais-je me nuire inutilement et peut-être manquer
néanmoins mon but ? » – Voilà pour l’origine de la justice » (Humain,
trop humain
, 1878)
Il poursuit sa réflexion en assimilant la vertu de justice à une vertu
animale : elle provient de l’instinct. « Les commencements de la justice
comme ceux de l’intelligence, de la mesure, de la vaillance – bref, de tout
ce que nous désignons du terme de vertus socratiques, sont animales » Aurore,
1881.
Le mot justice est trompeur. La justice n’est en fait qu’une vengeance
dissimulée, un désir de puissance caché sous la noblesse du mot justice.
Cette critique est la plus claire dans La généalogie de la morale
(1887) mais il fait déjà dire à Zarathoustra : « je déchire votre voile afin
que de votre trou à mensonges votre rage vous fasse sortir et que derrière
votre mot “justice” surgisse votre vengeance. » (Ainsi parlait
Zarathoustra
, 1883-1885)
Voir aussi :
Un bon article sur la justice et Nietzsche est le cours de Arnaud
François
pour en savoir plus.
Les articles

« Leur vol, ils l’appellent culture » Nietzsche

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