L’affaire Ethel et Julius Rosenberg

L’affaire Ethel et Julius Rosenberg

Vous découvrirez dans cette étude de l’affaire Ethel et Julius Rosenberg pourquoi ce couple de communistes a été exécuté en 1953.

Après un bref éclairage sur les biographies de Julius Rosenberg, puis Ethel Greenglass devenue Rosenberg après son mariage, il s’agira de bien cerner le contexte international de guerre froide, ainsi que les enjeux politiques au sein même de la démocratie américaine. Enfin, des explications seront apportées sur les faits d’espionnage reprochés, l’écho dans l’opinion mondiale à cette époque, ainsi que les dernières preuves dévoilées des années plus tard sur les réelles connaissances de l’administration américaine.

Qui sont Julius et Ethel Rosenberg ?

Julius Rosenberg est né le 12 mai 1918 à New York, dans le quartier du Lower East Side, au sein d’une famille juive. Il étudie les sciences et obtient un bachelor d’ingénieur. Il est profondément communiste, et rejoint dès les années 30 le parti communiste des États-Unis, connu sous son abréviation anglaise CPUSA. Il est alors membre d’un syndicat de cols blancs (par opposition aux cols bleus, les cols blancs sont des employés de bureau, souvent aux postes décisionnaires). Il rejoint l’Army Signal Corps Engineering Laboratories et y travailler jusqu’en 1945, lorsque l’armée américaine découvre ses attaches avec le parti communiste.

Julius Rosenberg à son arrestation

Ethel Rosenberg est née le 25 septembre 1915, aussi dans une famille juive, à Manhattan cette fois. Elle ambitionne une carrière artistique de chanteuse ou actrice, mais commence par travailler comme secrétaire dans une compagnie de navigation. Déjà militante des droits des travailleurs, Ethel Rosenberg est tout comme Julius profondément communiste.

Ethel Rosenberg à son arrestation

C’est par leur engagement politique en faveur des droits des travailleurs qu’ils se rencontrent, plus précisément lors d’une rencontre organisée par la Youth Communist League en 1936. Ils se marient trois ans plus tard, et ont deux enfants.

Quel fond historique a rendu possible l’affaire Rosenberg ?

Il est important pour comprendre les enjeux de l’affaire Rosenberg, qui se déploiera de ces années 1940 jusqu’à la mort des deux époux en 1953, de dépeindre le contexte historique au niveau à la fois mondial mais aussi américain.

La doctrine de l’endiguement

Le début de la Guerre Froide et la doctrine Truman – Histoire populaire de la société des Etats-Unis après 1945

Les années 1940 sont évidemment marquées dans leur première moitié par la Seconde Guerre mondiale, à laquelle les bombes nucléaires lancées par les États-Unis sur le Japon en août 1945 mettent fin. C’est le début d’une ère appelée la Guerre froide, marquée par l’affrontement entre un bloc communiste, et un bloc libéral. C’est à cet égard que le président Truman (président des États-Unis de 1945 à 1953) élabore sa doctrine du containment, expression traduisible par endiguement, et qui vise à limiter au maximum l’expansion de l’influence soviétique, le bloc communiste dont le leader est bien sûr l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Le président Truman cherche ainsi à montrer à ses électeurs sa fermeté en terme de politique étrangère.

C’est dans la ligne de ce containment que suivent des événements historiques comme le blocus de Berlin (juin 1948 – mai 1949) ou la création de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (avril 1949), hors du territoire américain. Ces politiques qui visent à contrer l’influence soviétique dans le monde ont leur pendant aux États-Unis, une dimension essentielle à la compréhension de l’affaire Rosenberg.

La Peur Rouge, ou McCarthyism

Le parti communiste aux États-Unis est plutôt restreint mais actif dans les années 1930 et 1940, et remportent quelques victoires quant aux droits civils et des travailleurs. Mais il garde des liens avec le communisme de l’URSS. C’est ainsi que pendant la Seconde Guerre mondiale, des Américains communistes – environ 500 Américains – avaient divulgué des informations secrètes à l’URSS. Lorsque cet espionnage fut mis à jour aux États-Unis, le parti communiste fut considéré comme une réelle menace à la sécurité nationale, dans ce contexte de guerre froide. C’est ainsi qu’à la fin des années 1940, mais surtout dans les années 1950, les États-Unis sont gagnés par ce que l’on appelle la Red Scare, en français Peur Rouge. Un Executive Order numéroté 9835 du président Truman dès 1947 demande de vérifier la « loyauté » des employés fédéraux. Et donc de chasser hors de l’administration fédérale les personnes communistes ou plus généralement les personnes subversives et qui sont considérés comme une menace pour les États-Unis. Le FBI, dont le directeur est alors John Edgar Hoover, est donc chargé d’appliquer cette politique inédite, et à cette fin les effectifs doublent quasiment entre 1946 et 1952. Les abus dont s’est rendu coupable le FBI ont été prouvés par la suite, entre justice expéditive et moyens illégaux pour écarter les communistes. C’est en 1950 qu’émerge la personnalité de McCarthy, dont le nom deviendra synonyme de cette période : le McCarthyism, francisé maccarthysme.

McCarthy mène une campagne auprès de l’opinion publique pour décrédibiliser le président Démocrate Truman, dont il veut montrer la faiblesse. Il accuse frontalement et à plusieurs reprises – au mépris de la vérité et de l’objectivité – la présidence américaine de laisser les communistes s’infiltrer au sein de l’administration américaine. Si le parti républicain, dont fait partie le futur président Eisenhower prend quelque distance avec ces accusations, McCarthy restait très écouté par la population américaine. Ce fut d’autant plus vrai lors de la guerre de Corée.

Le besoin de crédibilité après la guerre de Corée

La Guerre froide et l’affrontement entre deux blocs

La Corée avait été laissée divisée de part et d’autre du 38e parallèle (c’est-à-dire latitude à 38° nord) après l’abdication du Japon en 1945, avec au sud des troupes américaines, et au nord des troupes de l’URSS. En 1950, la Corée du Nord, au régime marxiste-léniniste et dirigée par Kim Il-Sung, envahit le sud. Les États-Unis sont convaincus que cela avait été encouragé voire commandé par l’URSS de Staline. Cette même Union soviétique en cette période boycottait l’Organisation des Nations Unies, et donc la voie était libre pour une résolution du Conseil de sécurité autorisant une intervention militaire en Corée du Sud.

Les États-Unis furent la force majoritaire aux côtés de la Corée du Sud, représentant près de 90% des effectifs envoyés. Mais la Corée du Nord avait le soutien de poids de l’aviation soviétique… et à partir de 1950 d’une impressionnante troupe chinoise comptant au moins un million et demi de volontaires. Le conflit, aux ravages humains et matériels terribles, trouve une issue dans la signature d’un pacte de non-agression en juillet 1953, avec des frontières peu changées.

Ce qui est sûr c’est que la guerre de Corée a des répercussions majeures sur la vie politique américaine, en ce qu’elle questionne la position de politique étrangère des États-Unis, qu’elle est une première mission sous l’étendard onusien, mais aussi qu’elle renforce le candidat à la présidence Eisenhower, qui va même jusqu’à proposer de se rendre lui-même en Corée pour mettre fin à ce conflit dans lequel les troupes américaines ont été dépassées.

La guerre de Corée influe non seulement sur la vie politique américaine, mais elle représente aussi un certain traumatisme auprès de la population américaine, et il en sera explicitement fait mention dans la décision d’une peine de mort contre les époux Rosenberg, selon le raisonnement qu’en « mettant entre les mains des Russes la bombe A » les époux Rosenberg ont « indubitablement altéré le cours de l’histoire au détriment [des États-Unis] ».

Le cas Rosenberg : de l’espionnage jusqu’à leur exécution

Activités d’espionnage

C’est donc durant son activité au sein des Army Signal Corps Engineering Laboratories que Julius Rosenberg avait commencé à espionner pour le compte de l’URSS. Il avait été recruté via le parti communiste aux États-Unis (CPUSA). Le KGB lui avait alors attribué le nom de code « Antenna » (puis « Liberal »). Julius Rosenberg avait lui même recruté plusieurs espions pour le compte de l’Union soviétique, et notamment David Greenglass, frère de Ethel Greenglass qu’il épousa. Lorsque les États-Unis découvrent le rôle d’un réfugié allemand du nom de Klaus Fuchs dans la transmission à l’Union soviétique de documents essentiels en lien avec la recherche nucléaire, le FBI remonte peu à peu jusqu’à David Greenglass, qui avouera après huit heures d’interrogatoire être devenu espion par l’influence de sa soeur et de Julius Rosenberg.

Arrestations et procès

Sont donc successivement arrêtés le 17 juillet 1950 Julius Rosenberg, ainsi que, le 11 août de la même année et davantage comme moyen de pression, Ethel Rosenberg. Entre temps, cette dernière avait eu le temps de convoquer la presse en dénonçant la brutalité du FBI, tout en posant de façon modeste dans sa cuisine, mettant provisoirement l’opinion publique de son côté.

Pour les autorités américaines, le problème majeur qui se pose lors du procès des époux Rosenberg est qu’ils ne peuvent dévoiler les preuves qu’ils possèdent grâce à leur projet de contre-espionnage Venona, consistant à essayer de décrypter des messages soviétiques interceptés, et qui avait été initié alors que l’Union soviétique était encore un allié des États-Unis contre les nazis. C’est en effet ce même projet qui apportait la preuve que Julius avait espionné pour le compte de l’URSS, et montrait la contribution effective de Ethel Rosenberg, notamment dans le recrutement de son frère. Sans les éléments apportés par le projet Venona, qui se devait donc de demeurer secret afin de ne pas être compromis, les preuves demeuraient faibles, surtout concernant Ethel, alimentant un scandal mondial. À l’époque, le monde ignore donc ces éléments, et questionne la sentence proclamée le 5 avril 1951, après que les époux Rosenberg avaient été reconnus coupables d’espionnage le 29 mars : la peine de mort, conformément la section 2 de l’Espionage Act de 1917.

L’exécution des époux Rosenberg malgré une opinion nationale et mondiale divisée

C’est ainsi que la presse publie de nombreux articles remettant en cause la peine infligée aux Rosenberg, bien sûr aux États-Unis, notamment après les investigations du National Guardian, mais aussi à l’étranger, comme en France quand le journal Le Monde expose le 11 décembre 1952 son grand scepticisme : sont ainsi évoqués tour à tour « l’atmosphère » du procès, l’antisémitisme possible, les relations familiales étranges, tout en des secrets transmis aux soviétiques, le réel effet des informations divulguées par ces activités d’espionnage.

L’introduction de cet article rappelle néanmoins correctement que le sort en est déjà jeté malgré une opinion populaire fragmentée :

« À moins d’une ultime mesure de grâce prise par le président Truman, Éthel et Julius Rosenberg monteront le 12 janvier [ce sera finalement le 19 juin 1953, ndlr] sur la chaise électrique de la prison de Sing-Sing, laissant deux orphelins. Pour les uns les Rosenberg, espions atomiques, auront subi le juste châtiment du forfait dont ils sont accusés : avoir mis sur pied dès 1944 un réseau d’espionnage au profit de l’U.R.S.S. et avoir transmis à cette puissance les secrets de la bombe atomique. […] Pour les autres, les Rosenberg sont les victimes innocentes d’une effroyable machination policière montée par le F.B.I. et le gouvernement américain en vue d’intimider le mouvement progressiste. »

Henri Pierre, le 11 décembre 1952, Archives du Monde

De nombreuses personnalités dans le monde appellent à la clémence, comme le peintre Pablo Picasso qui qualifie de « crime contre l’humanité » cette exécution, Jean-Paul Sartre, ou encore le Pape Pie XII qui en appelle au président Eisenhower.

C’est finalement le 19 juin 1953 que les époux Rosenberg sont exécutés sur la chaise électrique dans l’État de New York.

Histoire populaire de la société des Etats-Unis après 1945

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