Faut-il aimer le travail ?

Faut-il aimer le travail ?

Comme nous l’a signalé un lecteur de la page
facebook d’Intégrer Sciences Po
(merci à lui), l’émission de France
Culture, Les nouveaux chemins de la connaissance, consacre une semaine à
l’épreuve du bac de philo. Un des thèmes abordés aborde la question du travail,
thème des IEP 2014.

La question posée est la suivante : faut-il aimer le travail ?

Voici une transcription pour vous lecteurs du Intégrer Sciences Po de
l’émission, qui n’est pas exhaustive, et qui pourra aisément être
complétée par l’écoute
du podcast
.

– Il faut oublier la réponse qui vient spontanément, car ce n’est pas le
bon moyen pour établir un plan de philosophie.
– Documentaire : « j’ai très mal au travail » Témoignages : Le travail,
c’est au sens étymologique une torture. Alors est-ce qu’on peut aimer le
travail ? Mais le travail permet de nourrir la famille, de s’occuper des
enfants, il est vital. Le travail donne un sens à la vie, établit un lien
avec les autres qui s’avère fondamental. Ne pas avoir de travail, avoir un
travail mal payé : le travail est une servitude volontaire, nous allons
tous les jours au travail.
– L’ambivalence du travail : à la fois une source de bonheur et une source
de malheur. Caractère ambivalent du travail. Qu’est-ce que le travail ? Le
travail doit-il être en lui-même aimable ou pourquoi faudrait-il que
l’amour du travail soit l’objet d’une obligation ?
– On s’intéresse là au 1er mot du sujet, car il faut s’interroger sur tous
les mots du sujet. La philosophie est une matière scolaire normale : il
n’y a pas de mystère, il y a un programme. Dans la dissertation faut-il
aimer son travail, il faut définir le travail.
– On trouvera la problématique si en face d’une question, on se pose une
deuxième question : pourquoi me pose-t-on cette question ? L’amour peut-il
être l’objet d’une obligation ?

Les Temps modernes – Charlie Chaplin

1ère partie : le travail est considéré comme une
souffrance.

– Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne

« Dire que le travail et l’artisanat étaient méprisés dans l’antiquité
parce qu’ils étaient réservés aux esclaves, c’est un préjugé des
historiens modernes. Les Anciens faisaient le raisonnement inverse : ils
jugeaient qu’il fallait avoir des esclaves à cause de la nature servile
de toutes les occupations qui pourvoyaient aux besoins de la vie. C’est
même par ces motifs que l’on défendait et justifiait l’institution de
l’esclavage. Travailler, c’était l’asservissement à la nécessité, et cet
asservissement était inhérent aux conditions de la vie humaine. Les
hommes étant soumis aux nécessités de la vie ne pouvaient se libérer
qu’en dominant ceux qu’ils soumettaient de force à la nécessité. La
dégradation de l’esclave était un coup du sort, un sort pire que la
mort, car il provoquait une métamorphose qui changeait l’homme en un
être proche des animaux domestiques. C’est pourquoi si le statut de
l’esclave se modifiait, par exemple par la manumission, ou si un
changement des conditions politiques générales élevait certaines
occupations au rang d’affaires publiques, la « nature » de l’esclave
changeait automatiquement.
« 

– L’agriculteur produit ce qu’il va consommer. Les Anciens n’avaient pas
de mot équivalent au notre : le travail désignait l’activité à laquelle
nous sommes absolument contraints pour pouvoir vivre. Donc la
consommation, indispensable à vivre, est travail. Le repos est un travail.
Le trajet pour aller à son travail relève aussi du travail. Les Anciens
appelaient travail essentiellement une activité contrainte. Ne pas
travailler pour un Grec, ce n’est pas rien faire pour autant. C’est avoir
le temps d’accomplir des activités non contraintes, des activités libres.

– Nous sommes tous contraints à devoir travailler, pour avoir un salaire,
pour vivre. Donc en intégrant la conception antique, le travail n’est en
soi pas aimable. On peut aimer une activité libre.

2e partie : conception moderne du travail.

Locke, Ricardo, Smith. Pour les Modernes, le travail est productif, il
est source de valeurs. Le travail permet d’enrichir. Le caractère
contraint du travail n’épuise pas la conception du travail : il faut uen
réflexion plus approfondie. Par exemple Hegel montre que le travail est
une activité proprement humaine, le travail est la réalisation de
l’humanité, de la liberté de l’humanité. Car par le travail, l’homme
transforme la nature. A travers l’œuvre que l’homme produit, l’homme se
reconnaît. C’est le sens de la distinction d’Hannah Arendt entre travail
et œuvre.
– Travailler, c’est participer à l’effort collectif de l’humanité. Pour
les Modernes, c’est une activité humaine, mais aussi une activité qui
humanise. Le travailleur peut acquérir un certain nombre de vertus. Le
travail aussi laborieux et stérile qu’il puisse être à son résultat,
permet pourtant de se former. Une nouvelle conception, qui fait du travail
toutes les activités humaines.

– Karl Marx, Les Manuscrits de 1844
« Or, en quoi consiste la dépossession du travail ? D’abord, dans le
fait que le travail est extérieur à l’ouvrier, c’est-à-dire qu’il
n’appartient pas à son être ; que, dans son travail, l’ouvrier ne
s’affirme pas, mais se nie ; qu’il ne s’y sent pas satisfait, mais
malheureux; qu’il n’y déploie pas une libre énergie physique et
intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. C’est
pourquoi l’ouvrier n’a le sentiment d’être à soi qu’en dehors du
travail; dans le travail, il se sent extérieur à soi-même. Il est lui
quand il ne travaille pas et, quand il travaille, il n’est pas lui. Son
travail n’est pas volontaire, mais contraint. Travail forcé, il n’est
pas la satisfaction d’un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire
des besoins en dehors du travail. La nature aliénée du travail apparaît
nettement dans le fait que, dès qu’il n’existe pas de contrainte
physique ou autre, on fuit le travail comme la peste.
« 

3e partie : Marx dit que le travail est une activité
sociale. Il faut tenir compte de la division du travail. Il ne faut plus
parler du Travail avec un T majuscule, mais il faut savoir de quel travail
précis l’on parle. Il faut tenir compte de la division du travail
historique et concrète. Marx avec Hengel a découvert le concept de travail
aliéné, avec une double aliénation. Le travail aliéné n’est pas aimable.
Car l’ouvrier ne se reconnait pas dans la tâche spécifique qu’il accomplit
: Les Temps modernes, Charlie Chaplin.
– Qu’est-ce que l’amour ? Descartes dit que l’amour est le plus grand des
biens des hommes. Ce n’est pas une source de joie quelconque, c’est la
plus grande source des joies de l’existence. Donc le travail serait une
activité qui rentrerait en harmonie avec nos sensibilités, nos facultés,
source de reconnaissance sociale.

– Conclusion : ça n’a pas de sens de dire que l’on peut aimer le travail
si l’on a pas défini le travail. Il faut avoir la possibilité, la liberté
de choisir un travail aimable.

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One thought on “Faut-il aimer le travail ?

  1. Ce n’est plus du travail quand on fait ce qu’il nous plait.
    Dans les années 80 on voyait les machines remplacer le travail laborieux de l’homme.. Aujourd’hui l’homme ce bat contre les machines alors que celles ci pourraient remplacer 90% du travail humain actuel..La vie c’est le travail voila la realité actuel.. Mais le travail n’a pas inventé la vie c’est la vie qui l’a inventé.. la creation est l’avenir de l’homme, l’evolution.

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