La souveraineté et l'intérêt public - Charron

Pierre Charron, au XVIe siècle, propose une définition de la souveraineté proche de celle de Jean Bodin.

Ainsi, dans De la Sagesse, Pierre Charron soutient que la souveraineté est une :

 

Puissance perpétuelle et absolue, sans restriction de temps ou de condition : (...) la souveraineté est dite telle et absolue, pour ce qu'elle n'est sujette à aucunes lois humaines ni siennes propres.

Pierre Charron, De la Sagesse, I, 49

 

Ainsi, la souveraineté est véritablement au sommet de la pyramide du pouvoir. Aucune loi ne s'applique contre elle. On pourrait nuancer ce propos et faire voir que la loi divine, à cette époque importante pour un théologien comme Pierre Charron, est encore plus puissante et contraint la souveraineté. De plus, cette dernière reste ordonnée à la raison.

Pour alimenter la réflexion sur les révolutions potentielles de la part du peuple, il est intéressant d'observer que Pierre Charron dans le même ouvrage propose ou du moins essaie de concilier l'intérêt public et la morale. A cette fin, on doit pouvoir utiliser de "mauvais moyens" dans le cas où on aboutirait à un résultat meilleur et plus important.

Ainsi :

On est contraint de se servir et user de mauvais moyens, pour éviter et sortir d'un plus grand mal, ou pour parvenir à une bonne fin : tellement qu'il faut quelquefois légitimer et autoriser non seulement les choses qui ne sont point bonnes mais encore les mauvaises comme si pour être bon il fallait quelquefois être un peu méchant. Et ceci se voit partout en la police, justice, vérité, religion.

Pierre Charron, De la Sagesse, I, 37

Ne peut-on pas, dès lors et au nom de l'intérêt de l'Etat, réfréner une révolution en devenir par des moyens plus cruels ?

 

Eviter les Révolutions - Machiavel

Machiavel a une méthode à la fois simple et complexe pour éviter les Révolutions.

Simple, parce qu'elle peut s'obtenir de deux façons. Complexe, parce qu'encore faut-il être capable de mettre en oeuvre ces directives.

Quoi qu'il en soit, voici le secret de Machiavel pour éviter aux dirigeants d'un pays une révolution :

Gouverner, c'est mettre les sujets hors d'état de nuire et même d'y penser ; ce qui s'obtient soit en leur ôtant les moyens de le faire, soit en leur donnnant un tel bien être qu'ils ne désirent pas un autre sort.

Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, II, 23

 

C'est une critique régulière de notre société, l'argument selon lequel les gouvernants tentent d'endormir le peuple pour se maintenir. Cette réflexion remonte donc au plus tard à Machiavel. On peut penser à la société de consommation dans tous ses aspects, et par exemple la télévision, comme un système permettant de satisfaire les appétits des citoyens, pour les détourner des vraies questions politiques.

Quant à ôter les moyens de faire une révolution, de gouverner à la place des gouvernants, on peut songer aux mesures de plus en plus répressives contre les manifestants, et par exemple l'interdiction de manifester à visage caché.

Je pense et les représentations - Kant

Un texte à méditer, sur le thème de la représentation en lien avec la conscience.

Emmanuel Kant y décrit comment la personne pensante peut faire ce retour réflexif avec ses représentations.

 

Le je pense doit pouvoir accompagner toutes mes représentations ; car autrement serait représenté en moi quelque chose qui ne pourrait pas du tout être pensé, ce qui revient à dire ou que la représentation serait impossible, ou que, du moins, elle ne serait rien pour moi. La représentation qui peut être donnée avant toute pensée s'appelle intuition. Par conséquent, tout le divers de l'intuition a un rapport nécessaire au je pense dans le même sujet où se rencontre ce divers. Mais cette représentation est un acte de la spontanéité, c'est-à-dire qu'on ne saurait la considérer comme appartenant à la sensibilité. Je la nomme aperception pure pour la distinguer de l'aperception empirique, ou encore aperception originaire parce qu'elle est cette conscience de soi qui, en produisant la représentation je pense, doit pouvoir accompagner toutes les autres, et qui est une et identique en toute conscience, ne peut être accompagnée d'aucune autre. J'appelle encore l'unité de cette représentation l'unité transcendantale de la conscience de soi, pour désigner la possibilité de la connaissance a priori qui en dérive. En effet, les diverses représentations qui sont données dans une certaine intuition ne seraient pas toutes ensemble mes représentations si elles n'appartenaient pas toutes ensemble à une conscience de soi, c'est-à-dire qu'en tant qu'elles sont mes représentations (quoique je n'en aie pas conscience à ce titre), elles doivent pourtant être nécessairement conformes à la condition qui seule leur permet d'être groupées dans une conscience générale de soi, puisque autrement elles ne m'appartiendraient pas entièrement.

Emmanuel Kant, Critique de la raison pure (1781), « déduction transcendantale », §16.