La science et la sociologie

La science et la sociologie

La sociologie est-elle une science ? Quels sont les problèmes de cette
science présumée ? Quelles en sont les perspectives d’avenir ? Le thème
des IEP 2013 porte sur la science, or la sociologie est une des sciences
les plus récentes, étudiée à Sciences Po dès la 1ère année, et donc
particulièrement intéressante dans le cadre des concours
Sciences Po.

L’état actuel de la sociologie en tant que science

1. La sociologie, une science en crise ou en déclin ?

La sociologie traverse une mauvaise passe depuis une quinzaine d’années.

3 signes de la crise sociologique :

a) La sociologie manque de notoriété auprès du grand public.
b) Les décideurs, les gouvernants, se montrent aujourd’hui déçus par la
sociologie
c) Les sociologues eux-mêmes doutent de leur travail. Est-ce vraiment des
travaux scientifiques ?

Explications endogènes et exogènes

L’environnement n’est pas favorable aux sciences. La croyance scientiste a
été érodée. Les mouvements écologistes en sont une expression. Sciences de
la nature et de la culture subissent une crise de légitimité.
La sociologie pâtit d’une crise générale des sciences.

a) Explications endogènes : dans le champ de la sociologie
elle-même

Raymond Boudon en 2003 publie un article « Existe-t-il encore une
sociologie ? ». Pour lui, si la sociologie est en crise, c’est de sa
responsabilité. Elle est incapable de se concentrer sur son objectif
scientifique. Elle se disperse.
Typologie de Raymond Boudon des travaux sociologiques en 4 catégories :
– la sociologie scientifique : (au sommet), elle est la vraie sociologie,
se vérifie sur le terrain.
– la sociologie caméraliste : (moins bien) sociologie des chambres,
sociologie pour les décideurs politiques, les gouvernants (à l’INSEE,
l’INED), collecte de données mais on ne théorise pas.
– la sociologie militante : (encore moins bien) sociologie qui veut se
mettre au service d’une cause, sociologie de Pierre Bourdieu. Or la
sociologie doit être au service du scientifique, pas des syndicats, etc.
– la sociologie esthétique : (la moins bonne) sociologie qui raconte le
social, mais qui est un mélange de sociologie et de roman social. Boudon
préfère lire Balzac, Flaubert, que cette sociologie. Par exemple Pierre
Sansot, qui a fait une sociologie des gares, des terrains de camping, de
l’apéro.

Autre explication endogène de Jean-Michel Berthelot. Quand je regarde dans
le rétroviseur de la sociologie, il n’y a pas eu de nouveau programme de
recherche.
Bernard Lahire était un disciple de Pierre Bourdieu, professeur à l’ENS.
Il s’est éloigné de la sociologie de Bourdieu pour en faire une critique
interne. Il considère que les sociologues sont trop laxistes à l’égard de
l’amateurisme en sociologie. Michel Mafessoli a accepté de diriger la
thèse de Elizabeth Tessier sur l’astrologie. Lahire s’en offusque.

Pour Michel Wieviorka, la crise actuelle de la sociologie vient du fait
que les sociologues restent trop attachés à un bagage intellectuel pensé
pour la société nationale. Qui n’est donc plus adapté à la société
actuelle. Michel Wieviorka souhaite un renouveau des lexiques de
sociologie, un renouvellement conceptuel, car nous n’avons plus les mots
pour la société contemporaine. Son livre Neuf leçons de sociologie :
« appréhender le monde dans lequel nous en sommes en train d’entrer. »

Bilan : Manque de rigueur, manque d’idée, manque de sérieux, manque de
réactivité aux mutations sociales.

b) Explications exogènes : la faute revient aux autres

3 explications :

– La sociologie est en crise parce qu’elle subit la concurrence des autres
sciences sociales. En particulier de deux sciences en renouvellement,
l’histoire et l’ethnologie. Les ethnologues, il y a un demi-siècle,
pouvaient partir sur le terrain. Or la démographie des peuples primitifs a
baissé, tandis que le nombre des ethnologues a augmenté. Des ethnologues
se sont trouvés dans le métro parisien, dans les services hospitaliers. Le
terrain d’étude des sociologues a été de plus en plus envahi par les
ethnologues

L’histoire contemporaine, et maintenant histoire du temps présent. Or
l’histoire du temps présent est sur le terrain de la sociologie.

– La diminution des crédits alloués aux grandes enquêtes sociologiques.

– La globalisation soulève des questions que la sociologie a du mal à
traiter avec des concepts qui ont été pensés pour la société nationale. La
sociologie durkheimienne, des fondateurs, est plutôt nationale. Alain
Touraine remet en question le concept de société. Le concept est utile au
niveau national, mais perd de sa qualité heuristique au niveau global.

2. Les avancées scientifiques de la sociologie

Les avancées scientifiques de la sociologie apparaissent dans :

1. Son rapport aux idéologies : la neutralité

Les précurseurs de la sociologie étaient aussi des idéologues. Exemple :
Marx (socialisme, communisme), Tocqueville (libéralisme).
Mélange de la science et du militantisme. Au fil du temps, les sociologues
se sont détachés des idéologies, du militantisme, pour mettre en œuvre la
neutralité.
Moins d’idéologie, plus de neutralité, moins de notoriété.

2. Son rapport au terrain : les théories ancrées

A l’origine, deux catégories de sociologues. Les empiristes (sur le
terrain) et les théoriciens (intellectuels) avec une frontière
imperméable. Raymond Aron n’a jamais fait le moindre terrain. Au fil du
temps, la frontière est devenue plus poreuse. Aujourd’hui, un bon
sociologue est capable de théoriser et d’aller sur le terrain. « Les
théories ancrées » : s’il y a une théorie, elle doit se construire avec le
terrain, chemin faisant.

3. Son rapport aux méthodes : le perspectivisme

Les trois méthodes peuvent être utilisées par une même personne.

4. Son rapport aux théories : les théories de moyenne portée

Les fondateurs et les précurseurs se donnaient comme objectif de fournir
des théories générales, c’est-à-dire des théories capables de permettre
l’analyse de l’organisation sociale, du fonctionnement social, de la
reproduction et du changement social.
Or ces grandes théories sont un échec et engendrent un repli des ambition.
Les théories sont désormais de moyenne portée. Il s’agit d’expliquer un
objet social strictement limité : elles ne peuvent et ne veulent pas être
généralisables. Mieux vaut une petite théorie qui marche qu’une grande
théorie qui ne marche pas.

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