La mode – Edward Sapir

La mode – Edward Sapir

Qu’est-ce que la mode ? pourquoi les gens suivent-ils la mode ? comment être
à la mode ? Edward Sapir, anthropologue, répond à ces questions en étudiant les
liens entre culture
et mode. Voici 10 caractéristiques de la mode relevées par Edward Sapir dans
son ouvrage Anthropologie.

1. La mode s’impose à des sujets

Une mode diffère d’un goût parce qu’elle implique de la part du groupe une
contrainte sans que l’individu ait le choix entre des possibles.

Edward Sapir
(1921), Anthropologie. Tome 1 : culture et personnalité

2. La mode se distingue de l’engouement qui peut être désapprouvé par la
société

Il en va autrement des engouements, qui sont objectivement du même ordre
mais ont un tour plus personnel et ne vont jamais sans encourir une
désapprobation plus ou moins larvée de la part de la société.

Edward Sapir
(1921), Anthropologie. Tome 1 : culture et personnalité

3. La mode tire sa force des coutumes

Si la mode, en faiblissant, conduit aux engouements, elle tire sa force de
la coutume. Les coutumes, à l’encontre des modes, sont des modèles de
comportement dotés d’une relative permanence.

Edward Sapir
(1921), Anthropologie. Tome 1 : culture et personnalité

4. La mode est perçue différemment selon les classes sociales

Selon les individus et les classes sociales, la mode sera caprice consacré
par la société ou bien forme nouvelle et inintelligible de tyrannie sociale.

Edward Sapir
(1921), Anthropologie. Tome 1 : culture et personnalité

5. Par la mode l’homme cherche à affirmer mon existence

Le désir latent de s’affranchir des contraintes d’une existence trop bien
réglée s’accroît du désir incessant d’ajouter à son attrait personnel et de
tout faire pour attirer l’amour et l’amitié. C’est dans les sociétés
hautement différenciées que le moi est à chaque instant convaincu
d’impuissance. A son insu, l’individu se replie sur soi-même et, sans
désemparer, cherche à affirmer la réalité de son existence.

Edward Sapir
(1921), Anthropologie. Tome 1 : culture et personnalité

6. L’homme cherche aussi le prestige et la notoriété par la mode

Outre le désir d’affirmer sa personnalité inconsciente, les changements de
la mode satisfont le désir plus commun d’acquérir prestige et notoriété.
Alors la mode se fait l’emblème d’une distinction singulière, ou de
l’appartenance à un groupe prestigieux.

Edward Sapir
(1921), Anthropologie. Tome 1 : culture et personnalité

7. La mode est fondamentalement liée à la dimension historique

La mode est par excellence un concept historique. Une mode particulière
est absolument incompréhensible si on l’extrait de la place qu’elle occupe
dans une suite de conventions.

Edward Sapir
(1921), Anthropologie. Tome 1 : culture et personnalité

8. La mode se met au service de la culture et de l’idéologie de cette
culture

Les fluctuations de la mode dépendent du climat culturel et de l’idéal
social qui l’inspire. Sous la surface tranquille de la culture se cachent
toujours de puissantes lames de fond psychologiques, dont la mode est
aussitôt le jouet. Si une société démocratique est secrètement balayée par un
courant de discrimination sociale, la mode se fera un jeu de lui prêter mille
visages.

Edward Sapir
(1921), Anthropologie. Tome 1 : culture et personnalité

9. Les cultures coutumières sont moins sujettes à la mode

Les cultures très coutumières, comme les primitives, ne connaissent pas
les fréquents revirements auxquels nous assistons ; le style y évolue
progressivement et sa marche est irréversible. Ces sociétés valorisent le
groupe et sanctifient la tradition, au détriment de l’expression individuelle
qui reste entièrement inconsciente. Dans les grandes civilisations de
l’Orient, dans l’Europe antique et médiévale, on constate que les
fluctuations de la mode se propagent autour de certains foyers de haute
culture ; mais il faut attendre l’Europe moderne pour que le carrousel
familier s’ébranle, avec son cortège de mutations saisonnières.
L’accélération du rythme de la mode est due à l’influence de la Renaissance ;
c’est elle qui a donné la soif de la nouveauté et qui a multiplié les choix
offerts à la société européenne.

Edward Sapir
(1921), Anthropologie. Tome 1 : culture et personnalité

10. La mode gagne toutes les classes sociales et de plus en plus

Actuellement, la mode gagne toutes les classes sociales. La mode a
toujours été un symbole d’appartenance à une classe, et les hommes ont
toujours lorgné sur les classes supérieures à la leur ; aussi n’est-ce pas
d’aujourd’hui que les groupes inférieurs imitent les modes qui viennent d’en
haut. Néanmoins, ces emprunts restaient prudents, parce qu’on attachait grand
prix au cloisonnement social.

Edward Sapir
(1921), Anthropologie. Tome 1 : culture et personnalité

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