Pourquoi le conflit israélo-palestinien ?

Pourquoi le conflit israélo-palestinien ?

Pour comprendre les causes du conflit israélo-palestinien, il faut s’intéresser à la région du Proche-Orient, aussi appelée Moyen-Orient de façon plus générale. Le terme de Levant, issu de l’ancien français signifiant « orient », est parfois utilisé.

Les frontières exactes seront précisées ultérieurement, puisqu’elles représentent justement un des enjeux essentiels du conflit israélo-palestinien. Sur ce territoire à l’est de la Méditerranée s’affrontent deux visions dont il faut bien saisir qu’elles se composent d’innombrables nuances en constante évolution. De ce fait, la présentation donnée ici des causes du conflit israélo-palestinien se veut aussi complète que possible mais suffisamment simplifiée pour préserver sa valeur pédagogique.

I. Qu’est-ce que le sionisme ? (19e siècle)

A. Nommer l’idée du sionisme

Au 19e siècle, l’Europe est traversée par un mouvement des nationalités, c’est-à-dire par une volonté de donner à chaque peuple — identifié par une langue, un projet, une culture, un patrimoine — son propre État. C’est selon cette logique que naît l’idée sioniste, le sionisme pouvant se définir comme un mouvement politique et religieux ayant pour objet de reconstituer une nation juive en Palestine.

L’idée du sionisme, bien qu’elle ait existé dans les consciences depuis la dispersion des Juifs au cours de l’Antiquité, n’a été réellement avancée qu’au 19e siècle. À ce titre, il n’est pas étonnant qu’elle n’est pas du tout fait l’unanimité dès le départ, et que les Juifs se soient divisés sur cette question.

Le mot lui-même est ainsi né sous la plume de l’Autrichien Nathan Birnbaum, en 1890, en référence à la colline de Sion, emblème de la présence de Dieu pour le judaïsme.

B. Les pères du sionisme comme idée politique

De façon plus politique, un autre auteur peut aussi être considéré comme le père du sionisme. Il s’agit de Moses Hess, qui dans Rome et Jérusalem souhaite réaliser l’unité de la nation juive.

Toujours au 19e siècle, la brochure Autoémancipation écrite par Léon Pinsker trouve un écho important dans les communautés juives d’Europe de l’Est, et développe l’idée sioniste en dénonçant la persécution des Juifs après les pogroms (attaques contre les Juifs de Russie) de 1881. Léon Pinsker fonde par la suite le mouvement des Amants de Sion, qui constitue la première alya, c’est-à-dire une immigration en Terre d’Israël, en l’occurrence depuis la Russie, en Pologne, et en Roumanie. Ce mouvement fusionnera avec le sionisme prôné par Theodor Herzl, qui doit maintenant être évoqué.

Portait de Theodor Herzl,
auteur de l’ouvrage Der Judenstaat

En effet, il a été montré que le sionisme s’est donc constitué à partir de plusieurs sources, mais il s’est ensuite plus particulièrement développé autour des écrits de Theodor Herzl, et notamment de l’ouvrage intitulé Der Judenstaat, ce qui signifie « L’État des Juifs ». Theodor Herzl est un Juif agnostique austro-hongrois, à la fois écrivain et journaliste. Il fait remonter son engagement à l’affaire Dreyfus durant laquelle il était correspondant et tira la conviction qu’il faut un « abri permanent pour le peuple juif ». Der Judenstaat affirme alors une spécificité du peuple juif, qui ne pourra être supportée par les peuples du monde, l’antisémitisme menant à la nécessité d’une solution territoriale à la question juive, en Palestine.

C. La théorisation de l’État des Juifs

La sortie de cet ouvrage provoque une controverse au sein même du judaïsme, pour des raisons religieuses (le retour de Jérusalem est lié au retour du Messie) et géopolitiques. Le sionisme allait ainsi à l’encontre du traditionalisme des rabbins (les chefs religieux de la communauté juive spécialistes de la Loi juive). Mais c’est bien à partir de la campagne internationale lancée par Theodor Herzl, incluant l’aide financière du Baron Edmond de Rothschild, que se concrétise et se fédère le sionisme. Une Organisation sioniste dont Theodor Herzl est le président fondateur est créée en 1897, et se réunit ensuite en congrès tous les deux ans jusqu’en 1946.

L’Organisation sioniste pose un programme commun aux mouvements sionistes, et cherche dès lors l’établissement d’un État en territoire de Palestine par le peuple Juif avec une langue hébraïque commune. Les dissensions entre Juifs sionistes et Juifs anti-sionistes restent marquées jusqu’à la guerre des Six-Jours en 1967. La plupart des Juifs et rabbins traditionnels rejoignent alors la cause sioniste, et les oppositions se déplacent à l’intérieur du sionisme.

II. Comment le sionisme s’est-il imposé ?

A. Le triomphe de l’idée sioniste au sein du monde juif malgré de nombreux débats

Les débats dans le monde juif peuvent être rapportés à trois sources d’influence : 

  1. le libéralisme issu des États-Unis, qui prône l’intégration des Juifs là où ils sont
  2. le marxisme proche de l’URSS, qui appelle à une révolution sociale internationale en s’appuyant notamment sur la langue yiddish
  3. et le sionisme espéré en Palestine, qui se situe également très à gauche, en ce qu’il valorise le travail manuel salarié, le prolétariat agricole et industriel.

Pour les juifs religieux, et les rabbins en particulier, le sionisme est un mouvement impie, qui politise la religion juive, c’est-à-dire parce qu’il centre le judaïsme autour d’un peuple au lieu de Dieu. C’est en suivant scrupuleusement les commandements que Dieu libèrera les Juifs. En outre, le sionisme rend trop commun voire banal à la fois la langue hébraïque et le peuple juif lui-même. 

Il est vrai toutefois que le sionisme présente un certain intérêt pour la religion juive : celle-ci ne serait plus confinée à la sphère privée, et le sionisme peut s’accorder avec la religion, en constituant une préparation au retour du Messie, étant établi pour tous que Palestine est bien la terre promise sur laquelle les Juifs peuvent se retrouver.

Malgré toutes ces dissensions, le sionisme devient l’idée majoritaire dans le monde juif, à la faveur d’un puissant désir de préserver l’identité juive en retournant en Judée, aujourd’hui Palestine, et en y fondant un État protecteur, alors que l’antisémitisme qui évolue vers de nouvelles formes est toujours menaçant.

Il serait dès lors facile de comprendre la création d’Israël comme une réaction de protection après la Shoah lors de la Seconde Guerre mondiale. Il faut toutefois apporter des nuances à cette affirmation, en se rappelant l’historique bien plus ancien de l’idée sioniste, et en se rappelant que la majorité des Juifs d’Europe de l’Est émigrent plutôt vers les États-Unis, aussi bien avant qu’après la Seconde Guerre mondiale, de même que l’URSS constitue alors un espace beaucoup plus sécurisant que la Palestine.

L’enjeu est donc bien de donner au peuple juif une autonomie et une indépendance.

B. L’antisémitisme comme raison du sionisme

L’avenue de l’État de droit et le progrès de la valeur d’égalité ont permis une amélioration de la condition des Juifs, de nombreuses discriminations ayant encore cours par exemple dans les pays chrétiens où des corps de métier (militaire diplomatique, administratif, judiciaire) leur étaient interdits. Ils sont considérés en Europe comme des apatrides subversifs. 

La volonté des Juifs d’avoir leur propre territoire était alors soit encouragée par les antisémites qui leur reprochaient justement d’être apatrides, soit était aussi critiquée comme un double jeu, avec la pensée que les Juifs cherchaient dans le même temps à établir un pouvoir mondial. 

Dans le monde arabo-musulman, ces discriminations ont perduré plus longtemps qu’en Europe, et sont toujours d’actualité surtout depuis la création de l’État d’Israël.

Enfin, en sens opposé, fonder un État en Israël est une façon de se protéger physiquement, d’échapper aux discriminations, mais aussi de sauvegarder une identité qui est menacée par l’assimilation, comme David Ben Gourion fondateur de l’État d’Israël en rappelait l’enjeu.

Il faut enfin rappeler qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale les Juifs comptaient aussi d’importants alliés, parmi lesquels les deux grandes puissances que sont les États-Unis et l’URSS, et auquel il faut rajouter évidemment les soutiens de la tolérance religieuse. 

C. Une historiographie relativisant l’origine commune du judaïsme

Le sionisme se fonde sur l’idée d’un retour du peuple élu juif dans la Terre promise appelée Eretz Israël, et bien que ce peuple se soit répandu dans le monde, formant une diaspora, le judaïsme s’enracine dans une origine commune. Cette affirmation importante, puisqu’elle fonde le sionisme, a été mise à l’épreuve par l’historiographie de notre siècle, et reste une question controversée. Nous nous contenterons ici d’en rapporter plusieurs contributions notables.

Marc Ferro : sans que cela n’enlève la légitimité pour les Juifs d’avoir un État, Ferro veut montrer que tous les Juifs ne sont pas les descendants du peuple originel de Judée, contrairement à ce que les codes de transmission fermés de la religion juive peuvent laisser penser, si bien que l’idéal du « Retour » relève plutôt d’un mythe que d’une réalité, et donc que l’antisémitisme n’a pas de fondement, puisque les Juifs ne sont pas tous sémites.

Arthur Koestler : dans La treizième tribu, publié en 1976, Koestler affirme que la majorité des Juifs d’Europe centrale — les Ashkénazes —, parlent le yiddish parce qu’ils descendent du royaume Khazar, et donc non pas du peuple de l’ancienne Judée, bien qu’ils en partagent la religion. Cette thèse a été réfutée ensuite par les historiens et scientifiques.

Ernest Renan : dans une conférence intitulée Le judaïsme comme race et comme religion faite au cercle Saint-Simon en 1883, Renan voulait avancer l’idée que la religion juive, bien que tenant son origine d’une même communauté en Judée, était néanmoins par la suite devenue une religion universelle et prosélyte, qui s’était répandue dans l’Empire romain puis davantage encore.

Shlomo Sand : dans Comment le peuple juif fut inventé, Shlomo Sand qui par ailleurs a déclaré ne plus vouloir se définir comme Juif, reprend l’idée que les Ashkénazes descendent des Khazars pour montrer que le judaïsme est une construction sous forme de récit national, et qui relève donc finalement du mythe. Ses travaux d’historiographie sont toujours controversés, aussi bien en Israël que dans le reste du monde.

III. Comment s’est concrétisé le projet ?

A. Début des migrations vers la Palestine

Les États-Unis en proie à la grande dépression après 1929 réduisent les possibilités d’immigration. Or les Juifs sont poussés à fuir leur pays à cause de l’antisémitisme. Cela redirige donc d’autant les migrations vers le territoire de Palestine, bien qu’il soit moins sécurisant.

Les Juifs qui émigrent se trouvent surtout à l’ouest de l’URSS, où ils étaient assignés dans une zone de résidence jusqu’aux révolutions russes de 1917. Avant cela, les Juifs avaient été persécutés par la majorité chrétienne : ce sont les pogroms de 1881. Depuis, les Juifs de Russie se partagent entre deux principales solutions : l’émigration, que ce soit en Amérique ou en Palestine ; ou se révolter, en faisant valoir ses droits sur les territoires où ils résident.

La solution effectivement réalisée a suivi la voie de l’émigration : entre 1881 et 1939,  3 millions de Juifs quittent l’URSS pour s’établir en Amérique pour la grande majorité d’entre eux, en Palestine pour une minorité, les autres s’installant en France, Grande Bretagne, Afrique du Sud et Argentine.

Ce fort mouvement d’émigration est intensifié après 1949, alors que l’URSS et Israël deviennent ennemis, ne laissant aujourd’hui plus qu’environ 100 000 Juifs en Russie.

En 1939, la Palestine comptait 500 000 Juifs, ce qui représente 3,1% des Juifs dans le monde.  

B. Comment la Palestine a-t-elle été colonisée ?

La Palestine a été colonisée par les sionistes grâce à l’afflux de migrants : il y avait en 1881 un Juif pour 22 Arabes ; en 1948, le ratio s’était ramené à un Juif pour deux Arabes ; et en 2020, le ratio était largement inversé : 5 Juifs pour un Arabe.

Les Juifs qui effectuent l’alya sont appelés les Olim. Puisque les terres de Palestine sont occupées par les arabes chrétien ou les arabes musulmans, – ainsi que par des Juifs qui n’adhèrent pas au sionisme, – une solution est de racheter des terres. C’est le but de deux organisations dépendantes de l’OS, créés en 1901 : la Banque Nationale Juive et le Fond National Juif. Si en 1920 les Juifs possédaient 7% de la superficie cultivable (estimée à 900000ha), cette proportion était passée en 1945 à 18%.

Cette façon d’acquérir une partie du territoire de Palestine se complète rapidement par une stratégie plus générale qui vise à maîtriser les ressources essentielles comme l’eau, et les accès, comme les voies de circulation. 

La proclamation de l’État d’Israël en 1948 marque un tournant, à partir duquel la colonisation s’effectue également par les armes. Ainsi après la guerre de Six Jours de 1967, Israël déborde de la ligne verte établie en 1949, c’est-à-dire la ligne de cessez-le-feu, et occupe Jérusalem-Est, la Cisjordanie, la péninsule du Sinaï qui est rendue en 1979 par un traité de paix avec l’Égypte, puis à partir de 1981 le plateau du Golan. 

La colonisation par les armes, bien que condamnée par le droit international, était une façon beaucoup plus efficace que celle d’acquisition marchande des terres. Les terrains abandonnés sont en effet transférés à l’État d’Israël via le Fond National Juif, la loi israélienne interdisant le retour des réfugiés palestiniens.

L’expropriation pour cause d’intérêt public permet également l’acquisition de nouvelles terres pour les réserver aux Juifs, surtout du fait des faiblesses des registres palestiniens, et même si des recours peuvent être formés. 

Le marché foncier n’est aujourd’hui plus une option pour Israël, l’autorité palestinienne l’ayant bloqué après 1993 et 2013 en interdisant la vente des terres ou des immeubles aux israéliens, pour une peine pouvant aller jusqu’à la mort. 

C. Comment l’État d’Israël s’est-il formé ?

L’appui sur trois organisations internationales

Trois grandes organisations doivent être mentionnées parce qu’elles ont rallié les voix des Juifs à l’échelle internationale : 

  1. L’Alliance israélite universelle, fondée par Adolphe Crémieux en 1860 et présidé entre 1943 et 1976 par René Cassin. Son rôle était d’émanciper les Juifs par un réseau scolaire, et faire entendre leurs voix auprès des autorités publiques. Cette organisation était opposée au sionisme jusqu’en 1945.
  2. L’Organisation sioniste, qui devient Organisation sioniste mondiale en 1960, a elle été créée en 1897 avec l’objectif explicite de donner la souveraineté au peuple juif en Palestine. Son rôle est capital pour le sionisme, puisque c’est elle qui travaille sous mandat de britannique donné par la Société des Nations pour la création du foyer national juif. 
  3. Le Congrès juif mondial est créé en 1936 pour contrer l’antisémitisme qui s’amplifie en Europe. Il vise à affermir la solidarité entre les communautés juives, pour leur donner un poids politique fort, qui doit en outre permettre l’établissement de l’État d’Israël. L’organisation qui se divise en cinq branches correspondant à cinq régions du monde veut être la voix diplomatique des Juifs, et elle est à ce titre en première ligne pour réclamer des réparations auprès de l’Allemagne après la Seconde guerre mondiale. 

La reconnaissance en droit

Sur le plan formel, l’État d’Israël s’est fondé à travers une série de traités, déclarations et textes, qui lui ont donné une existence officielle.

Le congrès envisage déjà dans le programme de Bâle plusieurs moyens pour établir une « patrie reconnue publiquement et légalement en Palestine ». 

Cette volonté se dessine plus concrètement dans une lettre datée du 2 novembre 1917 envoyée par le ministre britannique Balfour – qui porte depuis son nom : la déclaration de Balfour – et adressée à Lord Rotschild et publiée dans la presse, où il est annoncé que : « le gouvernement de sa majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif », en préservant les droits des communautés déjà présentes en Palestine.

Cette déclaration de Balfour est confirmée lors de la conférence de San Remo en avril 1920, tous les États de la Société des Nations accréditant cette déclaration. Un mandat est donné par la Société des Nations à la Grande Bretagne sur la Palestine, ce qui veut dire qu’il revient à la Grande Bretagne de préparer l’indépendance de ce territoire, d’aider à son autonomie, de préserver ses droits, l’établissement d’un foyer juif, en prenant en compte l’importance religieuse que représente la Palestine et en particulier la ville de Jérusalem.

Le programme de Biltmore, résultat de la conférence de Biltmore à New York en 1942, exprime la solidarité de nombreuses organisations sionistes avec les Juifs persécutés en Europe. Le programme appelle aussi à la réalisation de la Déclaration Balfour et du mandat donné par la Société des Nations, et conditionne un nouvel ordre mondial pacifié et juste à ce « que le problème des juifs sans foyers soit définitivement résolu« , demandant « instamment que les portes de la Palestine soient ouvertes« .

Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux projets de partage de la Palestine sont proposés, sans aboutir. C’est donc à l’ONU qu’il est donné la charge de proposer un plan de partage. Le comité de l’ONU remet son rapport, et la résolution 181 qui prévoit une triple partition de la Palestine est votée en novembre 1947.

L’ultime étape d’une reconnaissance en droit de l’État d’Israël est sa proclamation en 1948 par David Ben Gourion, alors président du Conseil national juif : « Nous sommes solennellement réunis, nous, les membres de l’assemblée du peuple, représentants des juifs de Palestine et du mouvement sioniste, en ce jour de la cessation du mandat britannique. En vertu de nos droits naturels et historiques et de la résolution des Nations unies, nous proclamons la création d’un État juif sur la terre d’Israël ».

Ce discours du 14 mai 1948 au musée de Tel-Aviv, qui marque donc la création de l’État d’Israël, déclenche une guerre dès le lendemain avec les pays voisins.

David Ben Gourion proclame la création de l’État d’Israël au musée de Tel-Aviv le 14 mai 1948

IV. La réception des Arabes de Palestine

A. Israël contre les États arabes, les Palestiniens chassés de leur terre

La résolution de l’ONU votée en 1947 qui prévoyait un partage en trois de la Palestine est initialement refusée par les Arabes de Palestine. Une guerre civile était alors en cours entre Israël et les Arabes de Palestine, soutenus par des volontaires d’États arabes voisins. À partir du 15 mai 1948, le lendemain de la proclamation de l’État d’Israël, le conflit se généralise : l’Égypte, la Syrie, l’Irak, et la Transjordanie envoient des troupes en Palestine, non pour défendre les Palestiniens, mais pour d’autres motifs variés qui leur sont propres.

Des Arabes quittent la ville de Haïfa après l’arrivée des Juifs en 1948

La guerre est remportée en 1949 par Israël. Elle provoque l’exode de plus de 700 000 Palestiniens, chassés du nouvel État israélien. Les traités d’Armistice définissent une Ligne verte, c’est-à-dire les nouvelles frontières de l’État d’Israël dont la surface est élargie par rapport au plan de partage proposé par l’ONU, la capitale religieuse de Jérusalem étant divisée en deux secteurs.

Le résultat après la guerre consécutive de l’arrivée des Juifs est donc une dispersion des Arabes de Palestine, réfugiés en Jordanie, au Liban, en Syrie et en Égypte.

B. L’identité palestinienne se construit face à la catastrophe

Ils commencent dès lors à former eux-même une diaspora, en ce qu’ils sont chassés de leur territoire mais partagent l’ambition commune de retrouver leur terre. Une identité commune émerge par réaction, qui se reflète par l’appellation « Palestiniens » : cette désignation des populations parlant des dialectes arabes similaires sur le même territoire palestinien tend à remplacer l’ancienne expression « Arabes de Palestine« , au fur et à mesure que le conflit israélo-palestinien se confirme, bien qu’il n’existe pas de citoyenneté palestinienne (un « État palestinien » ne sera proclamé qu’en 1988, et n’est en 2017 toujours pas reconnu par un quart des membres de l’ONU). Il n’y a donc pas d’identité palestinienne unifiée à ce moment, mais plutôt une pluralité d’identités palestiniennes soudée par une soudaine insécurité commune.

C’est en effet suite à cet exode et l’appropriation des terres par Israël que s’alimente un ressentiment collectif des Palestiniens envers Israël, d’autant que ces camps de réfugiés sont marqués par la pauvreté et le chômage, souvent sous le contrôle d’autorités externes, que ce soit les États arabes voisins ou Israël. Un organe de l’ONU — l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient —, abrégé UNRWA, est créé en décembre 1949 pour répondre aux besoins essentiels de ces populations, malgré la résistance des pays communistes qui y voyaient un impérialisme américain.

À l’origine temporaire, cette agence fut sans cesse renouvelée, influençant la géopolitique de cette région du monde jusqu’à aujourd’hui. La Palestine resterait alors au cœur des intérêts divergents des États qui composent le Moyen-Orient, le conflit israélo-palestinien qui s’est ainsi cimenté perdurant jusqu’à nos jours, complexifié par les relations inter-étatiques au sein de ce Moyen-Orient, et marquant ainsi définitivement les relations internationales.

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