La souveraineté et l'intérêt public - Charron

Pierre Charron, au XVIe siècle, propose une définition de la souveraineté proche de celle de Jean Bodin.

Ainsi, dans De la Sagesse, Pierre Charron soutient que la souveraineté est une :

 

Puissance perpétuelle et absolue, sans restriction de temps ou de condition : (...) la souveraineté est dite telle et absolue, pour ce qu'elle n'est sujette à aucunes lois humaines ni siennes propres.

Pierre Charron, De la Sagesse, I, 49

 

Ainsi, la souveraineté est véritablement au sommet de la pyramide du pouvoir. Aucune loi ne s'applique contre elle. On pourrait nuancer ce propos et faire voir que la loi divine, à cette époque importante pour un théologien comme Pierre Charron, est encore plus puissante et contraint la souveraineté. De plus, cette dernière reste ordonnée à la raison.

Pour alimenter la réflexion sur les révolutions potentielles de la part du peuple, il est intéressant d'observer que Pierre Charron dans le même ouvrage propose ou du moins essaie de concilier l'intérêt public et la morale. A cette fin, on doit pouvoir utiliser de "mauvais moyens" dans le cas où on aboutirait à un résultat meilleur et plus important.

Ainsi :

On est contraint de se servir et user de mauvais moyens, pour éviter et sortir d'un plus grand mal, ou pour parvenir à une bonne fin : tellement qu'il faut quelquefois légitimer et autoriser non seulement les choses qui ne sont point bonnes mais encore les mauvaises comme si pour être bon il fallait quelquefois être un peu méchant. Et ceci se voit partout en la police, justice, vérité, religion.

Pierre Charron, De la Sagesse, I, 37

Ne peut-on pas, dès lors et au nom de l'intérêt de l'Etat, réfréner une révolution en devenir par des moyens plus cruels ?

 

La science en Dieu

 


Dans l'Encyclopédie dirigée par d'Alembert et Diderot, plusieurs articles comprennent le mot science. Voici l'introduction de l'article : la "Science en Dieu".

Dans cet article, il est expliqué comment Dieu a toute la science en lui, parfaite et infinie.

 

 

Science en Dieu, (Théolog.) c'est l'attribut par lequel il connoît toutes choses, de quelque nature qu'elles soient. Dieu a une science parfaite & infinie; il connoit tout ce qu'il y a de possible, tout ce qu'il y a de réel, tout ce qu'il y a de futur, soit absolu, soit conditionuel.

Quo que la science de Dieu considérée en elle - même soit un acte tres simple, & comme un coup - d'oeil net & juste par lequel tout est présent devant lui, cependant les divers objets qu'elle embrasse, ont fait distinguer aux Théologiens trois sortes de sciences en Dieu; savoir, la science de simple intelligence, la sciencede vision, & une troisieme que quelques - uns appellent science moyenne.

La science de simple intelligence est celle par laquelle Dieu voit les choses purement possibles qui n'existent, ni n'existeront jamais. C'est l'attribut par lequel Dieu a la représentation simultanée & adéquate de tous les possibles. Pour le concevoir, autant que nous en sommes capables, il faut faire attention 1°. au nombre immense des possibles, 2°. à ce qu'emporte leur représentation distincte.

 

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Correction : FREUD, L’Avenir d’une illusion (1927)

Correction du bac de philo 2019, extrait de FREUD, L’Avenir d’une illusion (1927).

 

La science a beaucoup d’ennemis déclarés, et encore plus d’ennemis cachés, parmi ceux qui ne peuvent lui pardonner d’avoir ôté à la foi religieuse sa force et de menacer cette foi d’une ruine totale. On lui reproche de nous avoir appris bien peu et d’avoir laissé dans l’obscurité incomparablement davantage. Mais on oublie, en parlant ainsi, l’extrême jeunesse de la science, la difficulté de ses débuts, et l’infinie brièveté du laps de temps écoulé depuis que l’intellect humain est assez fort pour affronter les tâches qu’elle lui propose. Ne commettons-nous pas, tous tant que nous sommes, la faute de prendre pour base de nos jugements des laps de temps trop courts ? Nous devrions suivre l’exemple des géologues. On se plaint de l’incertitude de la science, on l’accuse de promulguer aujourd’hui une loi que la génération suivante reconnaît pour une erreur et remplace par une loi nouvelle qui n’aura pas plus longtemps cours. Mais ces accusations sont injustes et en partie fausses. La transformation des opinions scientifiques est évolution, progrès, et non démolition. Une loi, que l’on avait d’abord tenue pour universellement valable, se révèle comme n’étant qu’un cas particulier d’une loi (ou d’une légalité) plus générale encore, ou bien l’on voit que son domaine est borné par une autre loi, que l’on ne découvre que plus tard ; une approximation en gros de la vérité est remplacée par une autre, plus soigneusement adaptée à la réalité, approximation qui devra attendre d’être perfectionnée à son tour. Dans divers domaines, nous n’avons pas encore dépassé la phase de l’investigation, phase où l’on essaie diverses hypothèses qu’on est bientôt contraint, en tant qu’inadéquates, de rejeter. Mais dans d’autres nous avons déjà un noyau de connaissances assurées et presque immuables.

FREUD,L’Avenir d’une illusion(1927)

 

La science a beaucoup d’ennemis déclarés, et encore plus d’ennemis cachés, parmi ceux qui ne peuvent lui pardonner d’avoir ôté à la foi religieuse sa force et de menacer cette foi d’une ruine totale

La science, dont se revendique Freud, a infligé selon lui à la religion plusieurs humiliations. Que ce soit Copernic, Galilée, ou encore Darwin, tous ces auteurs ont contribué à limiter la sphère d'influence de la religion par rapport à la science.

Vous pouviez alors citer cette phrase de Galilée sur le duo science / religion : "L'intention du Saint-Esprit est de nous enseigner comment on va au ciel et non comment va le ciel." Galilée, Lettre à Christine de Lorraine, 1615.

 

On lui reproche de nous avoir appris bien peu et d’avoir laissé dans l’obscurité incomparablement davantage.

Freud fait part des reproches adressés à la science. Parmi les critiques, celle de nous faire voir incomparablement plus de mystères, plutôt que de résoudre les mystères qui se présentaient à nous. Mais n'est-ce pas en celà que consiste le progrès de la science ? Nous faire voir, chaque jour davantage encore à quel point nous sommes ignorant, reprenant en cela la pensée de Socrate : je sais que je ne sais rien, et qui devient alors la première science de l'homme : savoir son ignorance.

 

Ne commettons-nous pas, tous tant que nous sommes, la faute de prendre pour base de nos jugements des laps de temps trop courts ?

La question est celle du court terme et du long terme, ainsi que de la distance nécessaire pour analyser un objet. Nous sommes à une époque trop confondue avec celle des découvertes scientifiques, et nous manquerions de recul.

 

on l’accuse de promulguer aujourd’hui une loi que la génération suivante reconnaît pour une erreur et remplace par une loi nouvelle qui n’aura pas plus longtemps cours.

Il est à l'occasion de ce passage extrêmement pertinent de citer Kuhn, qui nous propose le concept de révolution scientifique, et celui de changement de paradigme.

 

une approximation en gros de la vérité est remplacée par une autre, plus soigneusement adaptée à la réalité

Pour Freud, ce n'est pas que les théories ou les enseignements scientifiques deviennent faux, à mesure qu'ils sont dépassés par le progrès, mais plutôt qu'ils s'affinent.

 

Dans divers domaines, nous n’avons pas encore dépassé la phase de l’investigation, phase où l’on essaie diverses hypothèses qu’on est bientôt contraint, en tant qu’inadéquates, de rejeter. Mais dans d’autres nous avons déjà un noyau de connaissances assurées et presque immuables.

Dans la conclusion de cet extrait, Freud nous appelle à l'humilité et à la modestie. Nous n'en sommes qu'aux prémices des découvertes scientifiques. Pour autant, le trésor que nous avons accumulé est dans certains domaines déjà très fort. La vérité immuable de Descartes, "je suis, j'existe", point de commencement de toute philosophie ou de toute connaissance ou encore de toute science pouvait être mentionné. Et la découverte ou redécouverte de l'inconscient, par Freud lui-même, aurait pu apporter alors du relief par rapport à cette affirmation.

 

-> Correction : Reconnaître ses devoirs, est-ce renoncer à sa liberté ?

-> Correction : La pluralité des cultures fait-elle obstacle à l’unité du genre humain ?