Les Républiques ne sont pas éternelles

C'est Platon qui l'affirme, comme le relate Jean Bodin, dans son IVe livre de la République : les Républiques se meurent, comme toute chose.

 

Républiques souffrent changement par nature. En sorte que Platon, n'ayant pas encore connaissance des mouvements célestes, et beaucoup moins de leurs effets, a dit que la République qu'il avait ordonnée, et qui semblait si parfaite à plusieurs qu'elle dût être éternelle, prendrait son changement, et puis serait ruinée, [quoiqu'elle] ne changeât ses lois : comme toutes autres choses, disait-il, qui sont en ce monde. De sorte qu'il semble que ni toutes les belles lois et ordonnances, ni toute la sagesse et vertu des hommes ne sauraient empêcher la ruine d'une République.

 

Jean BODIN, IVe livre de la République, chapitre 2 

 

Ainsi on aura beau constituer la République la plus solide possible, et c'est ce qu'avait entrepris Platon, elle risque de dépérir même sans changer ses lois.

 

Bodin - Différence entre la Ville et la Cité

Jean Bodin, dans Les six livres de la République (1583), parle de la différence que l'on peut établir entre ville et cité.

C'est l'occasion d'un petit voyage historique sur la signification de la cité, de la ville, du civil, du citoyen.

 

Aristote nous a défini la cité une compagnie de citoyens, qui ont tout ce qui leur fait besoin pour vivre heureusement, ne faisant point de différence entre République et cité ; et même il dit que ce n'est pas cité, si tous les citoyens ne demeurent en même lieu, [ce] qui est une incongruité en matière de République, comme Jules César le montre bien en ses mémoires, disant que toute la cité des Helvétiens avait quatre bourgs, ou quatre cantons. Où il appert que le mot de cité, est un mot de droit, qui ne signifie point un lieu, ni une place, comme le mot de ville, que les Latins appellent, Urbem, ab Urbo, id est aratro, parce qu'on traçait, dit Varron, le circuit et pourpris des villes avec les charrues. Aussi est-il bien certain en termes de droit, que celui qui a transporté hors la ville ce [qu'il] était défendu de tirer hors la cité, l'ayant porté en une autre ville de la même province, n'a point contrevenu à la défense. Les docteurs passent plus outre, car ils disent que celui n'a point contrevenu, qui a transporté en une autre ville sujette à même Prince. Les Hébreux ont gardé la même propriété et différence de ville et de cité, car ils appellent la ville, [en grec] c'est-à-dire la murée : et la cité [en grec]. Et combien qu'ils prennent quelquefois l'un pour l'autre, comme les Grecs bien souvent usent du mot [en grec], et les Latins du mot civitas, pro urbe, oppido, et jure, parce que le général, qui est la cité, comprend le particulier, qui est la ville ; si est-ce qu'ils n'abusent pas du mot [en grec], comme nous voyons que Cicéron a bien gardé la propriété de l'un et de l'autre, car le mot signifie ville proprement, inde Astuti, qui signifie autant comme urbani, parce que les habitants des villes sont plus accorts ordinairement, et plus gracieux que les paysans. Mais le mot de civilis, que nous appelons civil, n'était pas reçu des anciens Latins pro urbano. Et pour montrer que la différence ne gît pas en paroles simplement, il se peut faire que la ville sera bien bâtie et murée. Et, qui plus est, remplie de peuple, et néanmoins ce n'est point cité, s'il n'y a lois et magistrats pour y établir un droit gouvernement, comme nous avons dit au premier chapitre, [mais] c'est une pure anarchie.

Jean Bodin, Les six livres de la République, (1583)