Je pense et les représentations - Kant

Un texte à méditer, sur le thème de la représentation en lien avec la conscience.

Emmanuel Kant y décrit comment la personne pensante peut faire ce retour réflexif avec ses représentations.

 

Le je pense doit pouvoir accompagner toutes mes représentations ; car autrement serait représenté en moi quelque chose qui ne pourrait pas du tout être pensé, ce qui revient à dire ou que la représentation serait impossible, ou que, du moins, elle ne serait rien pour moi. La représentation qui peut être donnée avant toute pensée s'appelle intuition. Par conséquent, tout le divers de l'intuition a un rapport nécessaire au je pense dans le même sujet où se rencontre ce divers. Mais cette représentation est un acte de la spontanéité, c'est-à-dire qu'on ne saurait la considérer comme appartenant à la sensibilité. Je la nomme aperception pure pour la distinguer de l'aperception empirique, ou encore aperception originaire parce qu'elle est cette conscience de soi qui, en produisant la représentation je pense, doit pouvoir accompagner toutes les autres, et qui est une et identique en toute conscience, ne peut être accompagnée d'aucune autre. J'appelle encore l'unité de cette représentation l'unité transcendantale de la conscience de soi, pour désigner la possibilité de la connaissance a priori qui en dérive. En effet, les diverses représentations qui sont données dans une certaine intuition ne seraient pas toutes ensemble mes représentations si elles n'appartenaient pas toutes ensemble à une conscience de soi, c'est-à-dire qu'en tant qu'elles sont mes représentations (quoique je n'en aie pas conscience à ce titre), elles doivent pourtant être nécessairement conformes à la condition qui seule leur permet d'être groupées dans une conscience générale de soi, puisque autrement elles ne m'appartiendraient pas entièrement.

Emmanuel Kant, Critique de la raison pure (1781), « déduction transcendantale », §16.

Le "Je" : analyse philosophique

Emmanuel Kant dans Anthropologie du point de vue pragmatique, en 1789, fait de la personne humaine quelqu'un de supérieur aux autres êtres vivants, parce qu'il peut penser le "Je".

 

Posséder le Je dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivants sur terre. Par-là, il est une personne ; et grâce à l’unité de la conscience dans tous les changements qui peuvent lui survenir, il est une seule et même personne, c’est-à-dire un être entièrement différent, par le rang et la dignité, de choses comme le sont les animaux sans raison, dont on peut disposer à sa guise ; et ceci même lorsqu’il ne peut pas dire Je, car il l’a dans sa pensée ; ainsi toutes les langues, lorsqu’elles parlent à la première personne, doivent penser ce Je, même si elles ne l’expriment pas par un mot particulier. Car cette faculté (de penser) est l’entendement.

 

Il n'est pas nécessaire d'utiliser le mot "Je" pour être élevé ainsi "infiniment", et d'ailleurs dans beaucoup de langues le mot "Je" n'est souvent que sous-entendu. Mais chez tous les êtres humains, il y a cette pensée du "Je". 

Kant postule de plus l'unité de la conscience. La conscience demeure toujours la même, malgré les différents états que traversent l'être humain.

Il faut remonter à Descartes, pour comprendre l'importance du "Je" dans la philosophie occidentale. Le "Je" du Cogito est à la fois un "je" générique, désignant tout être humain comme ici Kant. Mais plus spécialement, il est difficile de ne pas voir dans le Cogito un "Je" individuel, c'est-à-dire propre à celui qui le pense. Ses deux ouvrages, où il fait la découverte du Cogito, le Discours de la méthode et les Méditations métaphysiques sont en ce sens écrits à la 1ère personne du singuler, il s'agit de sa propre expérience.

 

Enfin, les critiques seront nombreuses sur ce "Je". C'est d'une part oublier le cadre social dans lequel naît le "Je", et sans quoi il ne serait peut-être rien. C'est oublier l'animalité de l'être humain, défendue par Nietzsche. C'est encore éclipser toute la zone de l'inconscient, comme il sera analysé par Freud ou Lacan.

Rimbaud écrira avec poésie : "Je est un autre. Si le cuivre s'éveille clairon ; il n'y a rien de sa faute."

 

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